• « Pourquoi philosopher ? Parce qu'il y a le désir, parce qu'il y a de l'absence dans la présence, du mort dans le vif ; et aussi parce qu'il y a notre pouvoir qui ne l'est pas encore ; et aussi parce qu'il y a l'aliénation, la perte de ce qu'on croyait acquis et l'écart entre le fait et le faire, entre le dit et le dire ; et enfin parce que nous ne pouvons pas échapper à cela : attester la présence du manque par notre parole. En vérité, comment ne pas philosopher ? » Ce cours d'introduction à la philosophie donné par Lyotard en 1964 est d'une rare limpidité pédagogique, en même temps que d'une rare profondeur philosophique.
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  • « C'est contre le psychologisme, contre le pragmatisme, contre une étape de la pensée occidentale que la phénoménologie a réfléchi, s'est accotée, a combattu. Elle a été d'abord et demeure une méditation sur la connaissance, une connaissance de la connaissance ; et sa célèbre «mise entre parenthèses» consiste d'abord à congédier une culture, une histoire, à reprendre tout savoir en remontant à un non-savoir radical. » Ouvrage publié en 1954, La phénoménologie est le premier livre de Jean-François Lyotard. Il y interroge ce concept en remontant jusqu'à ses débuts, avec la Krisis d'Edmund Husserl. Mais la signification historique de cette étape importante de la pensée européenne n'est pas aisément définissable. Son sens est en cours, façonné présentement par les différents phénoménologues.

  • Pourquoi « économie libidinale » ? Pour montrer ce qu'il y a de passionnel dans l'économie politique et accessoirement de politique dans les passions. On se place par-delà une philosophie du sujet et par-delà un matérialisme, on se place dans un « lieu » qu'il faut imaginer sans pouvoir le concevoir, nommé ici « la grande pellicule éphémère ».
    On rompt donc avec toute sémiotique, toute dialectique, toute critique même, qui sont des pensées du négatif. On affirme les intensités d'affects qui se dissimulent dans « la pensée » et la recherche des significations. Et l'on veut effectuer cette rupture par simple déplacement du ton plutôt que par critique : ton déplacé par la véhémence, qui n'exclut pas à l'occasion une certaine sophistication.
    Cette problématique s'engendre d'expériences affectives et politiques et d'une longue fréquentation des textes marxistes et freudiens. Avec l'idée d'économie libidinale, volée à Freud, et détournée sur des parcours où l'on rencontrerait Deleuze, Klossowski, Guyotat, Lyotard propose une approche du capital telle que l'impact des affects dans le jeu de ce dernier n'en soit pas rejeté a priori, comme c'est le cas avec les notions d'aliénation ou d'oppression.

  • Recueil de « causeries » pour la plupart destinées à un large public. Quelques prolongements à l'idée de post-moderne. Les humains emportés dans le développement inhumain, qu'on n'ose plus appeler le progrès.
    La disparition d'une alternative humaine, politique et philosophique, à ce processus.
    Seule possible encore, une résistance, appuyée sur l'autre inhumain : la dépossession de soi qui sommeille en chacun, son enfance indomptable. Banalité écrasante, médiatique, des néo-humanismes, qui, aujourd'hui, relèvent la tête.
    Questions décisives : le temps, la mémoire, la matière. Comment la « vie administrée » (Adorno) les anéantit en les programmant.
    Comment les arts de la vue, du son et de la pensée en préservent la vérité paradoxale.

  • Logique de Levinas

    Jean-François Lyotard

    • Verdier
    • 24 Septembre 2015

    Le mérite de cet ouvrage est de jeter un éclairage décisif sur l'oeuvre déjà publiée de Lyotard et de faciliter la compréhension de son mouvement d'ensemble. Il pose, à des niveaux différents, la question morale, et l'aborde à partir de ses énoncés prescriptifs.
    « Logique de Levinas », le texte clé du présent recueil - depuis longtemps introuvable et jamais publié en français dans son intégralité -, constitue un maillon essentiel de la pensée de Lyotard dans ses rapports avec Levinas.
    L'ensemble est centré sur ce que la pensée de Levinas a eu pour effet de déplacer dans celle de Lyotard. On a là rassemblé le « dossier » traitant d'une sorte de seconde révolution copernicienne opérée par la pensée contemporaine dans le domaine de l'éthique : la découverte que le moi tourne autour de l'Autre et non l'inverse. Cette découverte est essentielle à la voix retrouvée de la philosophie, après les années de scepticisme abrupt et de déconstruction, comme elle l'est à la refondation du droit et du politique.
    Ces textes majeurs témoignent de ce tournant et rendent compte de ce qui est susceptible de redonner à l'éthique sa primordialité, tout en opérant un double décentrement à l'égard de la philosophie continentale et de la philosophie d'outre-Atlantique.
    L'établissement du texte et de ses variantes montre la façon dont la pensée de Lyotard se précise et se nuance dans le sens de ce qui s'aiguise ou s'infléchit, atteint sa cible et trouve sa mesure. Nous assistons ainsi à l'élaboration de notions très importantes de l'oeuvre.
    La présentation de Paul Audi et la postface de Gérald Sfez complètent l'ouvrage. Chacune à sa manière donnent à entendre cette élaboration de l'éthique et de la philosophie, et mettent en perspective Logique de Levinas avec les travaux ultérieurs du philosophe où il y va chaque fois de l'influence de Levinas.

  • " Les juifs ", minuscule, pluriel, guillemets.
    Pas les juifs réels. Ce qui fait que, des juifs réels, l'Europe ne sait que faire (les convertir, les expulser, les intégrer, les exterminer).
    " Les juifs " comme ce qui rappelle qu'on oublie quelque chose, qui n'est rien, seulement la Loi. La Loi de ne pas oublier. Comme ce qui, bon gré mal gré, témoigne qu'on en est l'otage. De là le scandale. La pensée de Heidegger est tout attachée à rappeler ce qu'il y a d'oubli dans toute philosophie, toute représentation, toute politique.
    D'oubli de l'être. Comment a-t-elle pu se prêter activement à la politique nationale-socialiste ? Comment a-t-elle pu oublier, ignorer jusqu'au bout, l'extermination de ceux qui rappellent l'Oublié ?.

  • L'Analytique du sublime occupe une place modeste dans la Critique de la faculté de juger de Kant, où elle est insérée sans aucune justification. Cependant le texte est si dense, parfois convulsif, qu'il est l'un des plus difficiles à déchiffrer du corpus kantien, au point que les commentaires souvent le simplifient ou le négligent.
    Cette Analytique ouvre pourtant la voie à une esthétique critique toute différente de celle du goût. Elle annonce une autre façon de situer et d'interroger les oeuvres de l'art et de la littérature. La pensée postkantienne et le romantisme ont à la fois entendu et étouffé l'obscur message. Ces Leçons n'ont pour objet que d'essayer d'expliquer le texte de l'Analytique. Lyotard procède de façon interne, ne s'aidant, à peu de choses près, que des trois Critiques kantiennes. Il se soucie moins du système que Kant a en vue que de la réflexion qui soutient sa recherche. Il essaie de retrouver le motif qui commande ce texte : un différend violent peut surgir entre les pouvoirs de la pensée ; le sublime est le sentiment qui le signale à celle-ci.

  • « Et si l'on ne pouvait pas parler de l'histoire d'une seule manière ? Si ce qu'on appelle l'histoire consistait ou existait en un lacis jamais noué, arrêté, toujours commencé, entrepris ? Et fait de quoi ? De milliards de petites «phrases». On pourrait tout au plus les répertorier en plusieurs «familles», chacune de celles-ci obéissant à des règles de formations différentes. C'est la tâche critique d'isoler ces familles. Et si l'on voulait trouver un sens d'ensemble, il faudrait se montrer très prudent, pour ne pas tomber aussitôt dans l'idéologie. Il faudrait le chercher, seulement comme signe et signalé, plutôt du côté de l'audience rencontrée par les grands événements que dans les actions et les intentions de ceux qui en sont les héros. Ce que fait Kant au sujet de l'enthousiasme suscité partout par la Révolution française. Deux siècles après, deux siècles sombres, quel(s) signe(s) nous fait l'histoire ? » J.-F. L.

  • Il est inhabituel qu'un philosophe devienne biographe ; qui plus est, biographe d'André Malraux - qui, jusqu'à ce jour, a davantage intrigué les "artistes" que les "penseurs". Pour la première fois, les ressources de la philosophie et de la psychanalyse - qui a toujours été un outil conceptuel pour Jean-François Lyotard - sont mobilisées pour la compréhension de ce que Malraux lui-même appelait son "misérable petit tas de secrets". Dans cette enquête, on trouvera donc - renouvelés - tous les grands thèmes qui jalonnent la vie et l'oeuvre de Malraux : l'art, l'Extrême-Orient, l'engagement, le gaullisme, le musée imaginaire, les femmes ou plutôt l'absence de femmes, la politique, le communisme, l'anti-fascisme. Sur chacun de ces points le livre de Lyotard apporte des éclairages, ouvre des perspectives, avec lesquels la critique malrucienne devra compter.

  • « Les grands récits du capital et du travail, de la droite et de la gauche, cessent d'être crédibles, au moins pour les intellectuels. Un provincial s'en soucie, un métèque (étranger domicilié en Grèce qui n'avait pas droit de cité, selon le Petit Robert) s'en réjouit.
    Ils imaginent une politique par petits récits. Ils font en passant quelques observations sur l'affaire Clavel & Lévy. » J.-F. L.

  • C'est un manuscrit français trouvé il y a quelque années dans la bibliothèque d'une université californienne.
    L'auteur y esquisse une sorte de théorie-fiction politique :
    - L'État occidental a toujours été depuis Rome un Empire ;
    - Il est l'invention de proxénètes qui mettent en exploitation ce qui est le véritable enjeu de toute politique occidentale, une surface d'intensités nommée la peau blanche ;
    - C'est à partir de cette prostitution qui se mettent en place les trois grandes instances de la politique, le Blanc, la femme, le métèque ;
    - La jalousie relative à cette peau est le motif politique par excellence, y compris dans le nazisme ;
    - Elle a suscité les déplacements successifs du centre impérial vers l'ouest ;
    - Atteint le pacifique, cette histoire occidentale a touché son terme, une autre commence. » J.-F. L.

  • Douze articles sur la question algérienne publiés par Socialisme ou barbarie entre 1956 et 1963. Mohammed Ramdani, étudiant algérien, les rassemble et les présente. Lyotard y ajoute quelques observations dans une préface écrite en 1989.
    Analyse d'une guerre révolutionnaire en situation coloniale, faite à chaud pendant sept ans. On y voit travailler la pensée du groupe « Socialisme ou barbarie » en prise sur l'événement.
    Examen scrupuleux et récurrent des groupes, des stratégies, des passions qui tiennent tout un peuple entre vie et mort pendant huit ans et donnent naissance à la Cinquième République. Une clairvoyance d'amoureux.

  • Prié d'exposer sa position en « théorie critique », Jean-François Lyotard raconte à ses amis du Critical Theory Institute de l'Université d'Irvine, Californie, pourquoi et comment il n'en a pas.
    Cheminements entre littérature, esthétique, éthique et politique pendant quelque cinquante ans. Une ébauche et une esquive de biographie intellectuelle en style « direct libre ».

  • « Nul ne sait écrire. Chacun, le plus «grand» surtout, écrit pour attraper par et dans le texte quelque chose qu'il ne sait pas écrire. Qui ne se laissera pas écrire, il le sait. Baptisons cette chose infantia, ce qui ne parle pas, ne se parle pas.
    Une enfance qui n'est pas un âge de la vie, qui hante le discours adulte et qui lui échappe.
    Les récits et les essais relatés ici ont été lus en suivant cette ligne de résistance : Joyce, Kafka, Arendt, Sartre, Valéry, Freud. » J.-F. L.

  • Les Rudiments païens se situent à la croisée d'une métaphysique pulsionnelle (préalablement développée dans Economie libidinale) et d'une approche pragmatique des discours (qui trouvera son apogée dans Le Différend).
    Disparates huit par les noms - Freud, Butor, Bloch, Guérin, Marin...- que par les domaines approchés - psychanalyse, littérature, théologie, politique, sémiologie...-, les chapitres qui composent ce livre se réclament cependant d'un commun "paganisme". Inscrit dans la triple décadence de l'unité, de la finalité et de la vérité, ce nom programmatique et polémique désigne le " refus d'accorder à aucun discours une autorité établie une fois pour toutes sur tous les autres".
    A l'instar des païens qui affirment la multiplicité des dieux et des cultes, Lyotard affirme la multiplicité des discours et des enjeux, en se riant des prétentions totalisatrices et fondationnelles que le souci du vrai induit. En montrant que si les discours ont une force, ils le doivent moins à leur pouvoir de conviction qu'à leur puissance d'invention, Lyotard cherche non pas tant à rejeter la théorie qu'à la repenser selon une tout autre logique, tolérante aux singularités.
    L'intention n'a donc rien d'irrationaliste, elle est en réalité toute politique. S'attaquer à la position de maîtrise de la théorie, revendiquer l'inventivité, c'est ouvrir un nouveau terrain à la pratique politique en la découplant du vrai. Démonter l'idée d'autorité dernière, c'est affirmer la décadence de la finalité et du pouvoir central qui l'organise, c'est penser un temps ouvert à l'événement et à l'intensité.

  • " Faut-il souligner l'importance de la phénoménologie ? Elle est une étape de la pensée européenne... Il y a des accentuations différentes, de Heidegger à Fink, de Merleau-Ponty à Ricoeur, de Pos ou Thevenaz à Levinas, qui justifient la prudence... Mais il reste un "style" phénoménologique commun, c'est ce style surtout que nous chercherons à cerner, après avoir rendu à Husserl ce qui lui revient : avoir commencé. " (J.-F. Lyotard) Jean-François Lyotard était professeur à l'Université de Paris VIII et à l'Université de Californie.

  • « Années 1968-1971 à Nanterre.
    Ces vieux textes témoignent que, dans le sillage même du mouvement de Mai, un effort se dessinait pour soustraire Marx et Freud à la harangue freudo-marxiste des «libérations».
    On transitait ainsi, déjà - le savait-on ? - depuis la révolution moderne vers une «politique» de résistance, la seule sans doute qui nous échoit en cette fin de siècle. » J.-F. L.

  • Un cahier de seize illustrations couleur illustre ce petit livre sous-titré : « La sécession du geste dans la peinture de Stig Brøgger ». Il s'agit d'une réflexion sur l'exposition de deux cent cinq petites peintures (mélange d'alkyde sur contreplaqué, avec additions de pigments en poudre) présentées au Statens Musuem for Kunst de Copenhague, en 1990. Peu connu en France, Stig Brøgger a été invité à la septième Biennale de Paris (1971) dans la section « Concept ».

  • « «L'intellectuel» : le rayonnement de l'esprit est une force politique. Voltaire, Zola, Sartre pèsent de leur nom d'écrivain dans les affaires publiques.
    Mais si l'on juge que les fins politiques, quelles qu'elles soient, sont aujourd'hui telles que l'intelligence ne peut s'y plier sans s'encanailler ? Ni d'ailleurs refuser de s'en mêler sans s'abrutir ?
    Tombeau pour célébrer le disparu. Et aussi pour voir que faire de son héritage. » J.-F. L.

  • Au bout d'une petite histoire, fable ou conte, saynète, exemplum, la moralité en tire une sagesse sans prétention, locale et temporaire, vite oubliée.
    Les moralités se contrarient souvent, sans gêne. Elles font ensemble un bruissement de maximes, une plainte rieuse : ainsi va la vie. La vie va vite, aujourd'hui. Elle volatilise les moralités. La futilité convient au postmoderne, à la chose comme au mot. Elle n'empêche pas qu'on se pose des questions, comment vivre, pourquoi ? Réponses différées. Comme toujours, bien sûr, mais cette fois, on a l'air de le savoir, que la vie va dans tous les sens.
    Mais le sait-on ? On se le représente, plutôt. Tous les sens de la vie, on les affiche, on les expose, on en jouit en amateur de diversité. La moralité des moralités, ce serait le plaisir " esthétique ". Quinze notes, donc, sur l'esthétisation postmoderne. Et contre elle : on n'est pas quitte avec la vie parce qu'on l'assigne à l'artifice.


  • on essaie de faire du postmoderne un " look ", un " scoop ".
    lyotard explique ici qu'il s'agit d'autre chose. changement dans la perception de l'espace, du temps, de la communauté urbaine, difficiles à localiser. le postmoderne ne se situe pas après le moderne, ni contre lui. il y était déjà inclus, mais caché. un déclin des idéaux modernes laisse apparaître en eux une autre vie, vie de l'esprit, vie quotidienne incertaine quant à ses fins, et résistante.

  • J.L.T. vient trouver J.F.L, qui a vingt-cinq ans de plus que lui et a fait des livres, et lui dit : vos
    derniers livres rendent toute discussion et même communication impossible, il n'y a que pulsions,
    la condition d'aujourd'hui serait la jungle, le lien social a craqué. Or vous avez été un politique, moi
    aussi, est-ce donc qu'en vous retirant des affaires vous renoncez à vous soucier du juste et de
    l'injuste ? Discutons.
    Ils discutent pendant plusieurs journées, ils vont et viennent dans les jeux de langage, en disent
    l'incommensurabilité, se demandent comment l'idée de justice peut s'y mêler sans s'y perdre. Le
    livre est l'enregistrement de ces conversations.
    Vingt-sept ans après la parution initiale de ce recueil, ces textes n'ont pas perdu de leur actualité.
    Cette nouvelle édition est enrichie d'une préface inédite de Jean-Loup Thébaud.

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