Puf

  • Le livre se propose, à titre d'hypothèse heuristique, de prendre au sérieux le discours des juristes qui cherchent à donner une assise intellectuelle au « droit » nazi. C'est pourquoi le droit nazi est qualifié de « droit monstrueux » plutôt que de « non-droit ». Cette dernière manière ne permet en effet pas de comprendre les ressources et ressorts intellectuels mobilisés par ces auteurs pour les renvoyer simplement à l'irrationalité, comme si le monde des juristes était tout à coup devenu fou ou purement opportuniste en 1933.
    À un tel type d'approches psychosociologiques, nous préférons ici une approche tératologique, permettant de décrypter la logique interne, la grammaire générative d'un discours monstrueux sur un droit monstrueux qui autorise à justifier « en droit » l'injustifiable moral. Sont analysés successivement le problème de la conversion de l'élite juridique au nazisme (1. Conversions), les torsions et retournements opérés sur le discours juridique classique (2. Inversions), puis les caractères de la normativité nazie (3. Perversions).

  • Les traits par lesquels on caractérise l'Etat, spécialement l'Etat constitutionnel moderne, la souveraineté, la personnalité, la représentation ou la séparation des pouvoirs, ne sont pas des qualités objectives qu'on pourrait décrire à l'aide de théories, car ce sont des théories. Elles n'informent pas sur l'Etat, mais le constituent. Non seulement elles fournissent la justification des décisions fondamentales concernant l'organisation de l'Etat, mais elles produisent les concepts sans lesquels les décisions fondamentales de l'Etat ne pourraient même pas être énoncées.
    Aussi ne peuvent-elles se comprendre que dans leur rapport au discours Juridique et au droit. Les concepts de la "théorie de l'Etat" sont d'abord et avant tout des concepts juridiques, dont l'apparition et le développement résultent des transformations du droit, c'est-à-dire en définitive de l'Etat lui-même.
    C'est pourquoi la théorie générale de l'Etat ne peut être que la théorie de ces théories et non celle d'un objet empirique extérieur. Elle doit se construire comme métathéorie juridique. Une théorie juridique de l'Etat ainsi conçue doit être distinguée de quelques disciplines voisines. Il s'agit d'abord de la théorie générale de l'Etat, telle qu'on la concevait en Allemagne au XIXe siècle, métaphysique et normative, confondue avec son objet, qui entendait prolonger la philosophie politique classique pour contribuer au perfectionnement et au progrès de l'Etat. Elle est aussi distincte d'une science politique descriptive, d'inspiration sociologique, dont l'objet n'est pas l'Etat, mais le pouvoir politique, appréhendé indépendamment de la forme juridique dans laquelle il s'exerce. Mais elle ne saurait davantage se confondre avec une Histoire des idées, qui ne percevrait pas le rapport des théories aux pratiques juridiques. La tâche de la théorie juridique de l'Etat n'est pas de pénétrer une quelconque nature de l'Etat ni de produire des justifications, mais de rechercher la relation entre ce système de principes et de concepts et la structure générale du système juridique. Il s'agit pour la théorie juridique de l'Etat, au lieu d'analyser l'Etat au moyen des théories de l'Etat, de comprendre les théories de l'Etat, c'est-à-dire l'Etat, par le droit.
    Les études réunies dans ce volume portent à la fois sur la méthodologie de la science du droit et sur quelques-unes de ces "théories" de l'Etat, parmi les plus importantes : définition de l'Etat, séparation des pouvoirs, sources du droit, constitutionnalisme, fonctions de l'Etat, théorie de l'interprétation.

  • Hans KELSEN, le plus célèbre philosophe du droit issu du rang des juristes, est surtout connu pour avoir fondé une école juridique (l'Ecole de Vienne) qui radicalise la doctrine du positivisme juridique. Il a défendu, sa vie durant, une conception normativiste du droit et la thèse d'une stricte séparation entre le droit et la science du droit. Si l'on connaît bien en France son ouvrage programmatique sur la Théorie pure du droit, dans sa deuxième édition traduite par Charles Eisenmann, on sait au moins que cette seconde édition, publiée en 1960, n'est pas l'expression définitive de sa pensée. La traduction de la Théorie générale des normes, qui est un ouvrage posthume et inachevé, donne au lecteur français l'occasion de découvrir cette pensée dans ses derniers développements qui rompent en partie avec ceux de l'oeuvre précédente.
    Le Maître viennois y poursuit l'analyse de la norme juridique, entamée dans la Théorie pure du droit, mais il l'approfondit sur certains points et l'infléchit sur d'autres. Il introduit ainsi de nouvelles réflexions sur la signification de la norme et sur ses fonctions, sur l'application et l'interprétation de la norme et également sur le rapport entre la norme et le langage, insistant notamment sur la distinction entre la norme et l'énoncé sur la norme. Par ailleurs, il considère la religion et le droit comme deux ordres normatifs similaires, ce qui le conduit à proposer une théorie vraiment " générale " des normes et non pas seulement une théorie juridique des normes. Il avance une nouvelle interprétation de la norme fondamentale en recourant à l'idée de fiction juridique. Enfin, dans la dernière partie du livre, Kelsen donne le dernier état de sa pensée sur le problème majeur de l'application de la logique au droit. Rompant avec son logicisme antérieur, il nie l'existence d'une logique spécifique au droit et conteste l'application de la logique syllogistique au processus d'application du droit, renouant ainsi avec un volontarisme juridique qu'il avait rejeté au début de son oeuvre.
    Dans cet ouvrage, sous couvert de bâtir une théorie générale des normes, Kelsen construit une théorie de l'interprétation des normes. Il propose donc une herméneutique juridique originale qui intéressera tous ceux qui étudient les sciences normatives (juristes, mais aussi théologiens et spécialistes de l'éthique). Il engage un dialogue avec les représentants anglo-américains de la philosophie du droit, de l'éthique ou de la logique, et il renoue le dialogue avec les auteurs influents à Vienne au début du siècle.

  • La formule utilisée pour définir l'Union européenne, une « Fédération d'États-nations », a connu un grand succès. Encore faut-il définir précisément la notion de Fédération. C'est le sujet de cet ouvrage, dont l'hypothèse est que la Fédération n'est pas un État et qu'il faut donc l'arracher à l'emprise des concepts forgés par la théorie de l'État pour comprendre sa vraie signification. L'originalité de la Fédération est qu'elle est issue d'une libre association d'États qui fondent un nouveau corps politique, une institution et une forme politique, tout en restant eux-mêmes des entités politiques. On peut ainsi mesurer l'écart qui existe entre l'Union européenne telle qu'elle fonctionne et une véritable union fédérale.

  • Beaucoup pensent que le royaume-uni n'a pas de constitution.
    D'autres (les mêmes parfois...) reconnaissent que la plupart des régimes politiques modernes ont une dette importante envers les institutions politiques anglaises. cette constitution britannique, qui ressemble si peu à la nôtre qu'on incline à lui dénier toute existence, en quoi peut-elle bien consister ? le propos de ce livre est d'offrir une réflexion à ce sujet en partant d'un constat simple : la constitution britannique n'est pas une loi constitutionnelle écrite, comme celles de la france ou des états-unis.
    Ses idées centrales ont été élaborées au cours de l'histoire par le travail conjugué de juristes de common law et d'auteurs politiques, souvent impliqués dans l'action politique immédiate. tous ont contribué à " écrire la constitution non-écrite ". le premier but de cet ouvrage est de rendre apparentes les grandes étapes de la pensée du droit politique britannique, de manière à cerner les conditions dans lesquelles on en est venu à parler de constitution d'angleterre " puis de " droit constitutionnel ".
    Pour cela, il faut bâtir une maison commune où faire cohabiter des hommes tels que lord coke, le grand juge et jurisconsulte du xviie siècle, des penseurs de la politique aussi éminents que john locke ou montesquieu, ou enfin des professeurs de droit tels que sir w. blackstone et, plus récemment, a.v. dicey. dans un second temps, le livre se donne pour tâche d'explorer la manière dont ces idées au sujet du droit politique britannique sont employées dans la vie institutionnelle de manière à produire des formes originales d'exercice et de contrôle de l'autorité politique.
    Des idées telles que celle de " pouvoir exécutif " ou " d'état " ont certes pris racine en angleterre. mais elles ont dû pour cela entrer en symbiose avec des institutions léguées par le passé, au premier rang desquelles se trouve la couronne.
    Un juge britannique a récemment évoqué " les instincts et les traditions du peuple du royaume-uni " en ce qui concerne l'exercice du pouvoir politique et la liberté des individus.
    Le propos même de ce livre est d'offrir une présentation articulée et critique de ces " instincts " et de ces " traditions ".

  • A partir de la notion de régénération, tant utilisée dans la Révolution française, voici une enquête sur la fusion du religieux et du politique provoquée par cette vision. En effet, le discours des acteurs est obligé de passer par cette idée et même cette idéologie régénératrice, qui traverse toute la Révolution : depuis la désastreuse Constitution civile du clergé jusqu'au coup d'arrêt donné par le concordat de Bonaparte, après diverses tentatives d'établir une autre religion, dont le fameux culte de l'Etre suprême chez Robespierre.
    Avec les outils de la philosophie, de l'analyse de discours, de la théologie et de l'histoire, l'auteur compare deux tendances de l'idéologie régénératrice : l'une se veut au service de l'individu, l'autre recherche la communauté régénérée qui contraindra l'«individu égoïste», y compris par la Terreur. En réalité, dans les deux cas, il s'agit d'avancer vers une autorité nouvelle, mais, paradoxalement, en retournant à un Paradis perdu, un Principe bafoué, une Nature bienveillante.
    Marx hérite de ce projet régénérateur, bien qu'il s'en défende et élabore sa critique à l'aide de Hegel, de Feuerbach et de l'économie politique. Notre laïcité reste ambiguë, car la République porte le poids des conflits et des relations de mimétisme avec l'Eglise.

  • Titre premier. - Théorie du droit La contrainte en droit Le " dogme " de la complétude Le positivisme et les droits de l'homme Droit ou légitimité Titre II. - Théorie de l'État Théorie sociologique et théorie juridique de l'État La souveraineté, inaliénable et imprescriptible L'état d'exception n'a rien d'exceptionnel Titre III. - Théorie constitutionnelle I. Le contrôle de constitutionnalité La logique de la justification du contrôle de la constitutionnalité des lois Kelsen, le contrôle de constitutionnalité et la politique constitutionnelle Marshall, Kelsen, Barak et le sophisme constitutionnaliste L'interprétation constitutionnelle Les effets du contrôle de constitutionnalité des lois sur le droit matériel Le réalisme et le juge constitutionnel II. Le pouvoir judiciaire Le pouvoir judiciaire et la démocratie Les discours de la réforme Titre IV. - Histoire La notion de fonction exécutive dans les constitutions révolutionnaires Sieyès et la hiérarchie des normes Les concepts juridiques et l'histoire Histoire constitutionnelle et théorie constitutionnelle Michel Troper est professeur à l'Université de Paris X-Nanterre. Il est notamment l'auteur, aux PUF, du " Que sais-je ? " sur La philosophie du droit et de La théorie du droit, le droit, l'État paru en 2001 dans la collection " Léviathan ".

  • La collection est dirigée par Stéphane Rials, professeur à l'Université de Paris II - Panthéon-Assas. Elle propose des études de philosophie politique et juridique, des recherches sur la théorie de l'État et du droit ou encore des essais d'histoire des idées.

  • La collection est dirigée par Stéphane Rials, professeur à l'Université de Paris II - Panthéon-Assas. Elle propose des études de philosophie politique et juridique, des recherches sur la théorie de l'État et du droit ou encore des essais d'histoire des idées.

  • L'ouvrage est destiné aux lecteurs qui s'intéressent à des questions de philosophie politique moderne et contemporaine, particulièrement aux débats sur le concept de liberté. Il est également destiné aux américanistes et aux lecteurs intéressés par la philosophie du droit.

  • L'une des rares oeuvres d'importance de Savigny qui n'ait jamais été traduite en français, le De la vocation de notre temps pour la législation et la science du droit (1814) constitue assurément, avec les Prolégomènes du Droit de la Guerre et de la Paix (1625) de Grotius et le Discours préliminaire du Code civil (1804) de Portalis, un des grands écrits de l'histoire de la pensée juridique occidentale. Manifeste d'une nouvelle Ecole de pensée juridique, l'Ecole du droit historique, s'opposant du tout au tout à l'Ecole du droit naturel moderne comme aux trois grandes codifications qui en sont issues - les codifications prussienne de 1794, française de 1804 et autrichienne de 1811, dont il présente une analyse corrosive - cet ouvrage s'inscrit dans un contexte historico-juridique particulier : celui de l'avenir juridique de l'Allemagne à la fin de l'hégémonie napoléonienne. C'est que l'effondrement de l'Empire français, dont le Code Napoléon était l'emblème, et le grand sursaut de la conscience nationale allemande, qui se fait alors jour, vont poser en termes nouveaux la question de la codification dans une Allemagne libérée de la tutelle étrangère. Tel sera le sens de la fameuse querelle qui va mettre aux prises en 1814 Friedrich Carl von Savigny (1779-1861) et le civiliste et romaniste de Heidelberg, Anton Friedrich Justus Thibaut (1772-1840). Face à l'appel enflammé et au vibrant plaidoyer d'inspiration libérale de son collègue de Heidelberg en faveur d'une codification générale du droit civil en Allemagne, Savigny, résolu à " sauver la science face aux Codes ", développe dans sa réplique, dont nous donnons et présentons ici la première traduction française, une argumentation mûrement réfléchie, une véritable critique de la codification ; il oppose à celle-ci tout à la fois une nouvelle doctrine de la formation et des sources du droit, situant le fondement du droit dans la conscience populaire et privilégiant droit populaire et droit savant par rapport à la législation, et une nouvelle méthodologie juridique, qui rénovera la science du droit dans une double perspective historique et systématique. Loin de n'être qu'un simple excursus dans l'essor de la pensée du maître de Berlin, le présent ouvrage révèle ainsi, d'une part, la continuité profonde de sa réflexion de romaniste et, d'autre part, quelques-unes des notions clefs qui vont constituer le fonds commun de la pensée juridique de l'Ecole du droit historique jusqu'au milieu du XIXe siècle - organicité, historicité, systématicité et individualité - et déterminer ainsi durablement l'évolution de la pensée comme de la science juridiques en Allemagne. A.D.

  • En partant de l'étude des doctrines parlementaires des Lumières, le dessein de
    cette enquête était d'apporter une contribution à l'histoire des doctrines
    libérales en France. Contrairement aux idées les plus reçues, l'étude des
    doctrines des magistrats de la fin de l'Ancien Régime révèle une réflexion
    cohérente de la grande robe française sur la question des institutions
    libérales. Au sein du complexe des pensées libérales, ces doctrines se
    singularisent par leur attachement à une forme de libéralisme institutionnel et
    non individualiste que cet ouvrage tente de mettre à jour en procédant, à
    partir de l'étude de sources diverses  - au premier rang desquelles les
    remontrances parlementaires - , à une étude systématique de la pensée des
    grands robins de l'ancienne France. Elina Lemaire est diplômée d'études
    approfondies de philosophie du droit (2001) et de droit public interne (2002)
    de l'Université Paris II. Allocataire-moniteur puis ATER en droit public dans
    la même université (2002-2007), elle est docteur en droit (2007) et maître de
    conférences à l'Université Paris II (2008).

  • L'originalité de cet ouvrage est d'envisager la bioéthique du point de vue de la philosophie politique. Qu'il s'agisse des principes guidant les pratiques médicales ou des dilemmes relatifs aux biotechnologies, la bioéthique ramène toujours à des choix de société et aux valeurs qui soutiennent les institutions. Il convient alors d'évaluer les propositions de lois en se fondant sur la description des valeurs d'une communauté politique, pour dépasser à la fois la bioéthique religieuse et l'éthique minimale. Ce travail passe par la déconstruction de l'éthique de l'autonomie, qui subordonne la dignité à la possession de la raison, à la maîtrise de soi et à la compétitivité, et véhicule par là des représentations opposées à un idéal de solidarité. Une telle réflexion sur les fondements de l'éthique et du droit conduit à enrichir l'anthropologie sous-jacente à la philosophie des droits de l'homme et à promouvoir une nouvelle éthique de la vulnérabilité, qui tienne compte des rapports des humains aux vivants non humains et qui soit susceptible d'intégrer à ses valeurs la vie des générations futures.

  • La collection est dirigée par Stéphane Rials, professeur à l'Université de Paris II - Panthéon-Assas. Elle propose des études de philosophie politique et juridique, des recherches sur la théorie de l'État et du droit ou encore des essais d'histoire des idées.

  • La collection est dirigée par Stéphane Rials, professeur à l'Université de Paris II - Panthéon-Assas. Elle propose des études de philosophie politique et juridique, des recherches sur la théorie de l'État et du droit ou encore des essais d'histoire des idées.

  • La collection est dirigée par Stéphane Rials, professeur à l'Université de Paris II - Panthéon-Assas. Elle propose des études de philosophie politique et juridique, des recherches sur la théorie de l'État et du droit ou encore des essais d'histoire des idées.

  • La Troisième République est issue du subtil creuset de l'alchimie d'un siècle composite. Régime palimpseste - mais nourri de tant de textes effacés -, elle semble sortir, dans la contradiction, du difficile estompage, mais aussi du dépassement intégrateur des expériences nombreuses et souvent douloureuses, de quatre-vingts années tumultueuses.
    Ce livre est une enquête. Son propos est de favoriser l'intelligence de l'articulation de la législation - législation " constitutionnelle " ou législation " ordinaire " - avec la structuration " partisane " de l'Assemblée nationale de 1871, elle-même adossée à une sorte de " pluralité des mondes " épanouie en une pluralité de lieux. Ainsi se dessine une vue plus " réaliste " du monde institutionnel.
    Une telle perspective ne tend pas pour autant à sous-estimer le poids propre de la technique et de la procédure dans le monde légal : quelles que soient les conditions extralégales qui pèsent sur leur mise au point, au fil de la délibération, à l'intérieur ou hors du milieu nullement clos d'une chambre parlementaire, leur cristallisation opère en retour et contribue à modifier ou à infléchir ces conditions.
    Cette démarche ne néglige pas davantage la force propre des logiques parlementaires, proprement politiques : si divers soient les mondes qu'une assemblée réunit, les réunissant elle les modifie jusqu'à un certain point ; c'est ainsi que peut éclore la possibilité de transactions véritablement politiques dont la probabilité eût été mince en dehors d'une telle enceinte obligeant à la délibération, astreinte à trouver des majorités, exerçant sans cesse à cette fin un esprit de combinaison dans le meilleur sens du terme, non sans, parfois, on le vérifiera, des surprises.

  • " Etabli lors du Congrès de Vienne de 1815, le " système Metternich " définit l'espace allemand selon le principe de légitimité et fonde la Confédération germanique sur la permanence du principe monarchique.
    Seuls les gouvernements de l'Allemagne du sud échappent à cette restauration et élaborent des Constitutions représentatives. Cette entrée des pays de l'Allemagne méridionale dans l'âge constitutionnel s'effectue sous l'égide du modèle étatique de la Restauration française. Toutefois, la réception du constitutionnalisme se traduit rapidement, outre-Rhin, par une rupture avec le développement politique occidental.
    L'histoire anglaise et française conduisant à des modèles étatiques qui s'éloignent de l'esprit de la Charte octroyée par Louis XVIII, les principes constitutionnels de l'Europe de l'Ouest sont réfutés comme étrangers à l'essence même de la germanité politique. Cette réfutation s'accompagne de l'affirmation d'une identité constitutionnelle allemande par les publicistes conservateurs d'outre-Rhin. Ces derniers définissent la monarchie limitée allemande comme une forme politique autonome élaborée à partir d'un héritage culturel où se mêlent l'expérience de la Réforme, le culte de l'intériorité, l'idée allemande de la liberté et la tradition d'une soumission à l'autorité établie.
    Cette conscience de la singularité d'un constitutionnalisme allemand se développe très largement après 1871, à un moment où l'identité nationale est associée à l'Etat bismarckien et où apparaissent des contrastes très perceptibles entre le modèle prusso-allemand de l'Etat constitutionnel et les systèmes parlementaires français ou anglais. L'impossibilité d'instaurer le régime parlementaire se trouve alors non seulement institutionnalisée dans le fédéralisme impérial, mais également entérinée par la doctrine publiciste wilhelminienne dont les principes naissent d'un refoulement de la question du titulaire de la souveraineté.
    Ainsi condamné à s'enfermer dans ses contradictions du fait d'une impossible " ouverture " parlementaire, le système constitutionnel va connaître une longévité qui peut être qualifiée d'exception allemande. En 1918, quand s'effondre l'Empire de Guillaume II, le monde conservateur allemand du XIXe siècle est soudainement précipité dans l'ère de l'idéologie moderne où se meurent ses références identitaires.
    Toutefois, le chemin de l'Allemagne vers le modèle occidental de la démocratie parlementaire est encore long et difficile car les institutions républicaines de Weimar sont érigées dans l'ombre portée du deutscher Konstitutionalismus. " J. H.

  • Pourquoi explorer le problème de la perception des choses humaines à partir d'une étude des oeuvres de Jean-Jacques Rousseau, Leo Strauss et James Madison ? L'auteur s'en explique : l'ampleur, la profondeur et la finesse de la pensée de Rousseau sont à l'origine des variétés du néo-kantisme, courant moderne le plus influent dans le retour actuel aux questions de la philosophie politique. Leo Strauss, quant à lui, représente la remise en question la plus radicale à la fois de ce retour à Kant, voire à Rousseau, et des arguments antécédents à ce retour avancés par Nietzsche et Heidegger, à l'origine de la crise du rationalisme dans la philosophie et les sciences humaines. Dans la troisième partie, l'étude du projet constitutionnel de James Madison et du débat transatlantique autour de ce projet indique comment les conclusions philosophiques des deux premières parties s'appliquent à l'interprétation empirique qu'en a faite Madison. Le but de cet ouvrage est de contribuer à mieux faire comprendre la signification pratique de l'enseignement de Leo Strauss.

  • L'exécutif, tel que conçu à l'origine du constitutionnalisme français, est ordinairement présenté comme un exécutif faible. Cette idée reçue est infirmée par une analyse approfondie de la Constitution de 1791. On y découvre un exécutif à multiples facettes. L'exécutif est d'abord incarné par un roi constitutionnalisé, c'est-à-dire dont l'existence dépend de la Constitution, mais sa mise en oeuvre dépend de l'acceptation de la couronne constitutionnelle.
    L'exécutif est aussi gouvernant. Il exerce à ce titre la fonction exécutive extérieure et la fonction législative de manière autonome. L'exécutif est encore exécutant, en ce sens qu'il doit assurer l'effectivité de la loi dans le cadre de la fonction d'exécution. L'exécutif est enfin indépendant, dans la mesure où il ne peut, en principe, se voir retirer son titre à gouverner.
    Guillaume Glénard est professeur de droit public à l'Université d'Artois.

  • Les auteurs, V Remerciements, VI INTRODUCTION, 1 PREMIÈRE PARTIE : RENAISSANCE ET CONTRE-RENAISSANCE, 7 Chapitre I - L'humanisme et la théorie politique, 9 par Anthony Grafton i - Savoir et pouvoir : une association problématique, 9 ii - Dictatores et philologues, 10 iii - L'humanisme au service de la cité-État, 12 iv - L' " humanisme civique " et ses rivaux, 15 v - Les thèmes du discours politique humaniste, 19 Chapitre II - La pensée politique italienne, 1450-1530, 28 par Nicolai Rubinstein i - Monarchies et républiques, 1450-1500, 28 ii - Une nouvelle époque : Machiavel, 38 iii - Florence et Venise : Guichardin, 53 Chapitre III - Le droit, 60 par Donald R. Kelley i - L'héritage juridique ancien, 60 ii - La science civile à la Renaissance, 64 iii - Humanisme et jurisprudence, 68 iv - L'école française, 71 v - Les rivaux du romanisme, 73 vi - La coutume et le droit des gens, 76 vii - La jurisprudence rationnelle, 78 viii - Le nouvel héritage juridique, 82 Chapitre IV - L'humanisme transalpin, 87 par Brendan Bradshaw i - L'éloquence de la Renaissance : rhétorique et philosophie, 87 ii - La renaissance de la politique, 90 iii - Humanitas et imago Dei, 92 iv - La sagesse politique, 97 v - L'humanitas et la république chrétienne, 104 Chapitre V - La scolastique : survivance et renouveau, 120 par J. H. Burns i - Les scolastiques et les écoles de pensée, 123 ii - Seigneurie, droits et société, 127 iii - Conciliaristes et papalistes, 133 DEUXIÈME PARTIE : LA RELIGION, LE GOUVERNEMENT CIVIL ET LE DÉBAT SUR LES CONSTITUTIONS, 143 Chapitre VI - L'obéissance chrétienne et l'autorité, 1520-1550, 145 par Francis Oakley i - Aspects théologiques et canoniques fondamentaux, 146 ii - Luther et les débuts du luthéranisme allemand, 149 iii - La diaspora luthérienne et l'émergence de la suprématie royale, 159 iv - Zwingli, Bucer, le jeune Calvin et la tradition réformée, 165 v - Les radicaux de la Réforme, 170 Chapitre VII - Le calvinisme et la théorie de la résistance, 1550-1580, 175 par Robert N. Kingdon i - Knox et la résistance aux Marie, 176 ii - Le développement de la théorie luthérienne de la résistance, 182 iii - L'héritage calviniste de la guerre de Smalkalde : Pierre-Martyr Vermigli, 184 iv - Les huguenots et les guerres de Religion, 187 v - La déposition de Marie Stuart, 195 Chapitre VIII - La théorie catholique de la résistance, l'ultramontanisme et la réponse royaliste, 1580-1620, 199 par J. H. M. Salmon i - Caractéristiques de la controverse, 199 ii - La Ligue catholique, 201 iii - Le gallicanisme, 209 iv - Le royalisme " politique ", 211 v - Jésuites et ultramontains, 214 vi - Le catholicisme anglais, 218 vii - La défense de l'anglicanisme, 221 viii - Jacques Ier, le serment d'allégeance, l'interdit de Venise et la réapparition de l'ultramontanisme français, 224 Chapitre IX - Le constitutionnalisme, 230 par Howell A. Lloyd i - Le concept de constitutionnalisme, 230 ii - Les origines et la fin de la société politique, 234 iii - La coutume et l'autorité de la loi, 240 iv - La constitution mixte ou le gouvernement mixte, 248

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