Minuit

  • Charlotte Delbo était une des 230 femmes qui, dans Le Convoi du 24 janvier, partirent en 1943 de Compiègne pour Auschwitz.
    Aucun de nous ne reviendra est, plus qu'un récit, une suite de moments restitués. Ils se détachent sur le fond d'une réalité impossible à imaginer pour ceux qui ne l'ont pas vécue. Charlotte Delbo évoque les souffrances subies et parvient à les porter à un degré d'intensité au-delà duquel il ne reste que l'inconscience ou la mort. Elle n'a pas voulu raconter son histoire, non plus que celle de ses compagnes ; à peine parfois des prénoms. Car il n'est plus de place en ces lieux pour l'individu.
    « Une voix qui chuchote, déchirante. Un chuchotement à fleur de vie et d'horreur. Cette voix une fois entendue vous obsède, ne vous quitte plus. Je ne connais pas d'oeuvre comparable à celle de Charlotte Delbo, sinon Guernica, sinon le film Nuit et brouillard, même pudeur, même déchirure, même atroce tendresse, chez cette femme, chez Alain Resnais. Cette douloureuse et bouleversante incantation est de ces livres rares qui laissent soudain le lecteur en pays étranger à lui-même. » François Bott (L'Express)

  • Premier combat

    Jean Moulin

    Juin 1940.
    Chartres, submergée par la foule des réfugiés du nord, s'est simultanément vidée de ses propres habitants. quelques unités combattantes en retraite la traversent encore, bientôt suivies par les premiers détachements de la werhmacht. resté à peu près seul à son poste, le jeune préfet est convoqué par le vainqueur, qui veut le contraindre à signer un document mensonger portant atteinte à l'honneur de l'armée française.

    Le dramatique récit de jean moulin, dont le dépouillement fait la force, ouvre, le 17 juin 1940, le grand livre de la résistance.

  • En 1956, l'auteur de ce récit autobiographique a été rappelé en Algérie dans un régiment parachutiste pour participer à ce qu'on appelait faussement « La pacification ».
    Mais un jour, afin de soustraire à une exécution sommaire un jeune rebelle blessé, il le libère et déserte avec lui pour l'aider dans son évasion.
    Après une fuite d'une semaine dans le désert, ils réussissent à rejoindre l'Armée de Libération Nationale. L'auteur resta dix mois avec les combattants de l'A.L.N. avant de gagner Tunis et de là les États-Unis.
    En 1966, blanchi des deux condamnations à mort prononcées contre lui, il a pu revenir en France.
    Une semaine après sa parution aux Éditions de Minuit en octobre 1960, Le Désert à l'aube était saisi et sa diffusion interdite.

  • Venues de toutes les régions de France et de tous les horizons politiques, issues de toutes les couches sociales, représentant toutes les professions, d'âges mêlés mais où dominait la jeunesse, deux cent trente femmes quittaient Compiègne pour Auschwitz, à trois jours et trois nuits de train dans les wagons à bestiaux verrouillés, le 24 janvier 1943.
    Sur deux cent trente, quarante-neuf reviendraient, et plus mortes qui vives.
    La majorité d'entre elles étaient des combattantes de la Résistance, auxquelles était mêlée la proportion habituelle de « droit commun » et d'erreurs judiciaires.
    Nous disons « proportion habituelle » parce qu'il est apparu que deux cent trente individus constituaient un échantillon sociologique, de sorte que ce livre donne une image de tous les convois de déportés, montre tous les aspects de la lutte clandestine et de l'occupation, toutes les souffrances de la déportation.

  • Le 11 juin 1957, Maurice Audin, mathématicien, assistant à la faculté des sciences d'Alger, membre du Parti communiste, était arrêté par les parachutistes du 1er R.C.P. Le 21 juin, selon ses gardiens, il se serait évadé. Nul ne l'a plus revu vivant et Henri Alleg, l'auteur de La Question, fut un des derniers à l'avoir vu pendant sa détention, alors qu'il venait d'être torturé. Jusqu'à la fin de la guerre d'Algérie et au-delà, face à la justice, les auteurs de ce rapt maintinrent, général Massu en tête, qu'Audin s'était effectivement évadé. Un comité Audin se constitua à Paris et décida de faire une enquête. En mai 1958, Pierre Vidal-Naquet, dont ce fut le premier travail historique, publiait, aux Éditions de Minuit, L'Affaire Audin. Il y démontrait que l'évasion était une imposture et émettait l'hypothèse qu'une comédie avait, effectivement, été jouée, dans laquelle un officier de parachutistes avait joué le rôle principal. Quant à Maurice Audin, il était mort au cours d'une séance de tortures. Il n'était pas un musulman que l'on pouvait passer par profits et pertes, il fallut bien camoufler sa mort.
    L'enquête judiciaire, menée d'abord à Alger, fut transférée à Rennes, où fut jadis jugée l'affaire Dreyfus, et se prolongea jusqu'en 1962. Dans le présent livre, l'ouvrage de 1958 est réimprimé intégralement, avec quelques précisions supplémentaires. Pierre Vidal-Naquet a eu accès non seulement aux dossiers des enquêtes successives, mais aux archives conservées sur cette affaire au ministère de la justice. Ces archives permettent, pour la première fois, de faire l'histoire de l'affaire, avant le délai habituel de cinquante ans. On verra donc non seulement comment Audin a disparu, comment l'enquête confirma l'hypothèse de 1958, mais surtout comment l'autorité judiciaire, du juge d'instruction au ministre, en passant par les procureurs généraux, réussit à éviter que ce crime soit jamais jugé. Ce livre est donc l'histoire tout à la fois d'un meurtre et d'un déni de justice. Le meurtrier, un lieutenant de l'armée française, qui étrangla Maurice Audin le 21 juin dans l'après-midi, prit sa retraite comme colonel, en 1981, avec le grade de commandeur de la Légion d'honneur. L'affaire Audin ne fût pas l'affaire Dreyfus et la vérité ne triomphe pas, mais elle fut, en un sens, plus : le révélateur d'une société démocratique en crise. Par-delà la guerre d'Algérie, la mort d'Audin nous interpelle encore aujourd'hui.

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  • Il s'agit de correspondances publiées, depuis 1958 pour la plupart, à propos de faits ou d'articles concernant la guerre d'Algérie.
    "Alors qu'auparavant, écrit Charlotte Delbo qui a composé ce recueil, l'indignation explosait en manifestations et en actions collectives..., elle n'a plus aujourd'hui le moyen de s'exprimer... Il n'y a plus de vie politique... Privé d'autres moyens d'agir on écrit des lettres." A propos de La Question, du Manifeste des 121, de Francis Jeanson, de Georges Arnaud... entre autres sujets. Parmi les textes rassemblés dans Les Belles Lettres certains n'avaient jamais été publiés dans leur intégralité.
    Quelques-uns auraient mérité une diffusion plus large que celle qui leur fut accordée. Ainsi, par exemple, la lettre adressée par dom Robert Gillet, bénédictin, à Laurent Schwartz après ses démêlés avec le ministre des Armées : "J'ai toujours pensé que Dieu avait de l'imagination et de l'humour. Il est certainement très content de vous..." D'autres messages - comme les derniers mots des exécutés de Montluc ou de la Santé - sont tragiques et graves, peu connus eux non plus [...].
    Ces Belles Lettres, pour la plupart, valent d'être lues et relues. AJ, Le Monde, 9-10 avril 1961.

  • Le 28 avril 1988, quatre mois après le déclenchement de la " Révolution des pierres ", dans les territoires occupés, le premier ministre d'Israël, Ytzhak Shamir, montait à la tribune de la Knesset pour dénoncer... un poème :
    " L'expression exacte des objectifs recherchés par les bandes d'assassins organisés sous le paravent de l'OLP, déclare-t-il, vient d'être donnée par l'un de leurs poètes, Mahmoud Darwich, soi-disant ministre de la culture de l'OLP et dont on se demande à quel titre il s'est fait une réputation de modéré... J'aurai pu lire ce poème devant le Parlement, mais je ne veux pas lui accorder l'honneur de figurer dans les archives de la Knesset. " L'histoire de ce poème, « Passants parmi les paroles passagères », et de l'énorme tollé qu'il a provoqué en Israël et dans la Diaspora doit être située dans le cadre des rapports complexes existant entre l'État juif et le peuple palestinien.
    Ce livre comporte, en dehors du poème lui-même et de deux commentaires rédigés à son propos par Mahmoud Darwich, trois contributions d'auteurs juifs israéliens : Simone Bitton fait l'historique de l'événement et de ses lointaines origines ; Mati Peled se livre à une exégèse linguistique du poème ; quant à Ouri Avnéri, il montre que cette affaire est aussi une illustration de l'arrogance dont tant de prétendus libéraux israéliens font preuve à l'égard des Palestiniens.

  • Alors vous saurez Qu'il ne fait pas parler avec la mort C'est une connaissance inutile Après deux livres aussi différents par leur forme et leur écriture, c'est dans un autre ton qu'on lira ici Auschwitz et Ravensbrück. On y lira plus encore une sensibilité qui se dévoile à travers les déchirements. Si les deux précédents pouvaient apparaître presque impersonnels par leur dépouillement, dans celui-ci elle parle d'elle. L'amour et le désespoir de l'amour l'amour et la mort ; l'amitié et le désespoir de l'amitié l'amitié et la mort ; les souffrances, la chaleur de la fraternité dans le froid mortel d'un univers qui se dépeuple jour à jour, les mouvements de l'espoir qui s'éteint et renaît, s'éteint encore et s'acharne...
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  • Micheline Maurel (1917-2009), résistante du réseau Parco Polo, a été déportée en Allemagne en août 1943.

    Elle a passé vingt mois à Neubrandebourg, une succursale de Ravensbrück. C'était, dit-elle, « un petit camp très ordinaire », sans chambre à gaz ni crématoire (on se servait pour cela des installations voisines de Ravensbrück) : un simple bagne pour femmes. Un bagne comme il en existe probablement encore dans le monde. Et c'est pourquoi ce livre n'a pas de date, et nous concerne tous.

    Il nous dit, ce livre, comment vivent dans un camp, du 1er janvier au 31 décembre, des femmes sans nom, sans appui et sans hommes, la vie en robes à croix, la vie tête tondue, sans maquillage, sans savon et sans vêtements de rechange, dehors par tous les temps, battues tous les jours, ne sachant jamais si elles retrouveront le soir leur couverture et si elles auront la force de grimper sur leur châlit.

    François Mauriac dans sa préface écrivait : "Dans un livre comme celui-ci, la protestation de l'âme éclate avec une simplicité et une humilité bouleversantes au point que notre pitié s'écarte de la victime pour aller à ses bourreaux." Paru en 1957, Un camp très ordinaire a obtenu le prix des Critiques la même année. Il est épuisé depuis 12 ans.

  • Et toi, comment as-tu fait ? pourrait être le titre de ce troisième volume de Auschwitz et après. Comment as-tu fait en revenant ? Comment ont-ils fait, les rescapés des camps, pour se remettre à vivre, pour reprendre la vie dans ses plis ? C'est la question qu'on se pose, qu'on n'ose pas leur poser. Avec beaucoup d'autres questions. Car si l'on peut comprendre comment tant de déportés sont morts là-bas, on ne comprend pas, ni comment quelques-uns ont survécu, ni surtout comment ces survivants on pu redevenir des vivants. Dans Mesure de nos jours, Charlotte Delbo essaie de répondre, pour elle-même et pour d'autres, hommes et femmes, à qui elle prête sa voix.

  • Cet ouvrage a été écrit en août 1945. Sa publication suscita un profond retentissement, couronné, en 1946, par l'attribution du Prix Théophraste Renaudot.
    Bien des années ont passé depuis lors, et une nouvelle génération est arrivée à l'âge des idées et des passions pour qui le monde concentrationnaire apparaît déjà dans un fabuleux passé. Sa réédition en 1965 permit de situer définitivement L'Univers concentrationnaire parmi les grands classiques de notre époque.

  • Une amnistie vient d'être promulguée au brésil et l'ex-gouverneur de l'etat de pernambouc, miguel arraes, rentre à récife en septembre 1979 après quinze ans d'exil.
    A cette occasion, robert linhart part enquêter dans les régions sucrières du nord-est brésilien : comment les ouvriers agricoles ont-ils vécu ces années de dictature ? oú en est le mouvement paysan ? exode des paysans vers les bidonvilles. progression de la faim avec la monoculture sucrière. travail des enfants. vingt-trois ans après sa parution, ce livre reste un témoignage accablant sur la situation de l'époque et par bien des aspects, sur celle d'aujourd'hui.
    " mourir de faim avec tous les documents du monde, contrat de travail assurances, fiches de paye. mourir de faim pour le " modèle exportateur " et les rentrées de devises. a mesure que je recueillais témoignages et données, la faim m'apparaissait avec une terrible netteté comme la matière et le produit d'un dispositif compliqué jusqu'au raffinement. la faim n'était pas une simple absence spectaculaire, presque accidentelle, d'aliments disponibles.
    Ce n'était pas une faim simple, une faim primitive. c'était une faim élaborée, une faim perfectionnée, une faim en plein essor, en un mot, une faim moderne. je la voyais progresser par vagues, appelées plans économiques, projets de développement, pôle industriels, mesures d'incitation à l'investissement, mécanisation et modernisation de l'agriculture. il fallait beaucoup de travail pour produire cette faim-là.
    De fait, un grand nombre de gens y travaillaient d'arrachepied. on s'y affairait dans des buildings, des bureaux, des palais et toutes sortes de postes de commandement et de contrôle. cette faim bourdonnait d'ordres d'achat passés par télex, de lignes de crédit en dollars, marks, francs, yens, d'opérations fiévreuses sur les commodities markets (les bourses de matières premières, oú les spéculateurs vendent, revendent, achètent, rachètent dix, quinze, trente fois le même lot de sucre, de cacao ou de coton avant même qu'il ne soit récolté, faisant chuter ou s'envoler les cours, toujours de façon à concentrer les bénéfices et à déposséder le petit producteur direct), de transactions foncières, d'anticipations, d'astuces et de bons coups.
    On n'en avait jamais fini d'entrer dans le détail de la production de cette faim. ".

  • La gangrène

    Collectif

    Le gouvernement a fait saisir, le 19 juin, les exemplaires d'un livre, La Gangrène, que venaient de publier Les Éditions de Minuit. Ce livre reproduisait des déclarations de cinq détenus algériens, pour la plupart étudiants, qui affirmaient avoir été abominablement torturés dans les locaux de la D.S.T., rue des Saussaies, à Paris, entre le 2 et le 12 décembre 1958.
    Le gouvernement a justifié cette saisie, dans un communiqué officiel, par le caractère « infamant et mensonger » du livre. Jeudi, au Sénat, répondant à une interpellation de M. Deferre, M. le premier ministre ajoutait que cet « ouvrage infamant », « affabulation totale qui ne saurait représenter en quoi que ce soit l"ombre de la vérité » avait été « rédigé par deux écrivains stipendiés du parti communiste ».
    Que le gouvernement considère les faits évoqués dans La Gangrène comme infâmes, il n'est pas un Français qui ne s'en réjouira.

    Jérôme Lindon, 29 juin 1959 Ce livre publié en juin 1959 a été aussitôt saisi.

  • On se rappelle comment, en décembre 1961, l'opinion française assista à cet épisode grotesque, qu'on n'ose dire scandaleux, tant nous avons vu de scandales, mais d'une qualité particulière d'absurdité : le jugement et la condamnation de Jérôme Lindon, directeur des Éditions de Minuit, pour avoir publié Le Déserteur, roman. Jérôme Lindon vient de publier, sous le titre « Provocation à la désobéissance » le compte rendu sténotypique des débats, augmenté de quelques pièces annexes, lettres et documents. L'aspect mineur du scandale est celui qui apparaît le premier : poursuivre un éditeur, sous prétexte qu'il a publié un roman contenant certains traits autobiographiques (ce qui est le cas de bien des romans !) en lui imputant les opinions d'un personnage de ce roman. Mais le véritable scandale n'est pas là : il est d'abord d'entendre des magistrats user, pour arriver à une condamnation, d'une dialectique boîteuse, de citations tronquées, d'affirmations qu'on aimerait croire sincères. « Tout le monde est d'accord contre la torture », affirment juges et procureurs. Et de condamner Lindon. [.]. Dans les grands procès politiques de ces dernières années, celui du réseau Jeanson, celui de Georges Arnaud, celui de l'abbé Davezies, les débats prenaient l'allure d'un véritable combat politique, et la défense démontrait clairement l'inanité du prétendu « arbitrage » d'un tribunal acquis par avance, pour des raisons politiques, au thèses de l'accusation.

    Paul-Louis Thirard, Tribune socialiste, 24 février 1962

  • Dans La Question, Henri Alleg a relaté les circonstances de son arrestation et de sa séquestration au centre de tri d'El-Biar.
    II fait aujourd'hui le récit des trois années qu'il a passées en prévention à la prison civile d'Alger, au milieu de ses compagnons de lutte. II importe bien de signaler que cette prison de Barberousse n'est qu'un des multiples bastions de la répression en Algérie ; on pourrait même dire qu'elle a fonctionné jusqu'ici dans des conditions « privilégiées », du fait de la présence dans la ville de plusieurs légations, consulats et journalistes étrangers.
    Le récit s'arrête au début de juin 60, c'est-à-dire à la veille du procès au cours duquel Henri Alleg devait comparaître devant le tribunal militaire d'Alger, avec Ahmed Akkache et d'autres responsables et militants du parti communiste algérien.
    La presse française et étrangère a suffisamment souligné le caractère scandaleux de ce procès ; il n'est donc pas utile d'y revenir en détail. Rappelons seulement que le huis-clos fut prononcé presque à l'ouverture de l'audience, qu'AIleg qui dénonçait ses tortionnaires, fut expulsé du banc des accusés et se vit refuser le droit d'exposer la politique défendue par son journal, tandis que son avocat, Me Matarasso, était menacé de comparution devant la cour.
    À l'issue des « débats », de lourdes peines furent prononcées. Alleg fut condamné à dix ans de prison, c'est-à-dire au maximum de la peine prévue. Tout en reconnaissant que certaines circonstances du procès étaient « regrettables », la cour de cassation confirma ce jugement pendant l'été 60.
    Depuis le 28 juin 1960, Alleg est détenu à Rennes où il a été transféré pour être entendu comme témoin dans le cadre de l'affaire Audin.

  • Itinéraire

    Robert Bonnaud

    Robert Bonnaud est professeur agrégé d'histoire à Marseille.
    Rappelé en 1956 pour servir en Algérie, il a la pensée de refuser de partir, mais il cède et séjourne chez les Nementchas où il se livre à une propagande active contre la guerre d'Algérie, tandis qu'il fraternise volontiers avec les indigènes. Au retour, il témoigne de ce qu'il a vu, cherche à faire l'union des partis de gauche pour imposer la paix, contribue à fonder l'Union de la gauche socialiste sans accepter d'en faire partie.
    Puis, dans les groupes de Jeune Résistance, continue inlassablement le même combat. Il est arrêté en juin 1961 et enfermé dans la prison des Baumettes. Sous le titre Itinéraire ont été rassemblées des lettres écrites d'Algérie, une correspondance avec Marius Chatignon, collaborateur de la revue Esprit, et des lettres de prison. La pensée est toujours ferme, toujours orientée dans le même sens, malgré les épreuves subies.
    Evidemment, on est très loin de la littérature officielle. Telle quelle, cette plaquette vaut comme témoignage d'un état d'esprit plus répandu sans doute qu'il n'y paraissait parmi les hommes du contingent ou les rappelés, mais que la prudence ou la méfiance empêchaient de se manifester. AM, Les Livres, décembre 1962.

  • La torture a été officiellement abolie en france en 1788.
    La révolution n'en usa pas, ni l'empire. en 1959, pourtant, quatre étudiants portaient plainte à paris, pour avoir subi la question des mains de policiers en service, rue des saussaies, à deux pas de l'elysée. encore ne représentaient-ils qu'un cas parmi les milliers qu'on aurait découverts au même instant dans ces départements français que formait alors l'algérie.
    Comment en était-on arrivé là ? historien, pierre vidal-naquet est animé d'une passion, celle de la justice.
    Il démonte ici la logique d'un système qui, une fois mis - ou plutôt remis - en marche, est bien difficile à bloquer. comme il paraît tentant en effet, lorsqu'on est persuadé d'avoir raison, d'user de sa force pour écraser le " rebelle " désarmé ! raison d'etat. c'est précisément contre cette forme de régression que les hommes ont inventé le droit. on voit dès lors oú se situe le combat véritable, et comment, même gagnées, les " batailles d'alger " sont toujours des défaites.

  • Fondées dans la clandestinité en 1942 par Pierre de Lescure et Vercors, sous l'Occupation, Les Éditions de Minuit vont mener un autre combat pendant la guerre d'Algérie.
    De 1957 à 1962, la maison publiera vingt-trois ouvrages principalement centrés sur la dénonciation de la torture, établissant la désertion comme un état de nécessité.
    Brève histoire d'une action risquée (douze saisies et un procès) en faveur de la désobéissance en temps démocratiques.

  • Résister

    Adret

    Des élèves d'un CES, dans un quartier défavorisé de Villeurbanne, déplacent leur classe dans le Hoggar et escaladent une montagne légendaire du Sahara.

    Des femmes maghrébines, tsiganes et asiatiques organisent ensemble la solidarité dans leur quartier, en Avignon.
    Des jeunes de banlieue décident de comprendre ce qui, dans leur " look ", fait tellement peur aux employeurs.
    Un conteur marocain parcourt les écoles du Pas-de-Calais et montre aux enfants les costumes, la musique, la cuisine arabes.
    Des musiciens de l'Orchestre national de Lille viennent initier les élèves d'une école primaire, dans un quartier " chaud " de Roubaix, à la musique classique.

    Des néo-ruraux hollandais sauvent de l'abandon un village de la Drôme, aident des jeunes à s'installer, montrent qu'une agriculture modeste, non-productiviste, est possible.

    Tandis que s'emballe la machine à fabriquer de l'exclusion, nombreux sont ceux qui ne se résignent pas. À la logique folle du " tout-économique ", à la montée d'une société radicalement inégalitaire, ils opposent les inventions du quotidien.

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