Apres Minuit

  • " Il y a 25 ans, sur le chemin de l'école, j'observais les gens. Et ceux que je croisais agissaient comme si de rien n'était. Ils me saluaient, me souriaient parfois, et continuaient leur chemin. Et plus ils agissaient de manière " naturelle ", plus j'étais convaincu qu'ils faisaient semblant, qu'ils trichaient, qu'ils avaient quelque chose à cacher. Ces modes comportementaux, presque identiques d'un individu à l'autre, étaient pour moi la preuve de l'existence d'une gigantesque organisation dont l'un des objectifs était de m'élever dans l'ignorance totale de la réalité. Dès que j'étais seul trop longtemps, l'organisation s'arrangeait pour que des êtres d'apparence humaine, fabriqués par eux, puissent venir naturellement à ma rencontre, afin que jamais je ne puisse douter d'appartenir à une communauté. Je savais que tout ceci n'était que mise en scène. Après les avoir croisés, je me retournais subitement pour les surprendre. Et sur le chemin de l'école, ces individus continuaient à faire semblant, comme s'ils avaient tout prévu, jusque dans la possibilité même de ce retournement. Je les voyais s'éloigner et je sentais bien qu'ils se retenaient de rire ".

  • En absence

    Joseph Vebret

    Qui est donc cette femme mystérieuse qui s'incruste chez ce célèbre écrivain, un soir de réveillon de jour de l'an, tandis qu'il travaille sur un nouveau projet ? Et d'où vient-elle ? Par quel miracle sait-elle tout de lui, alors qu'il ne l'a jamais rencontrée auparavant ? Qu'a-t-elle donc à lui reprocher ? Pourquoi le pousse-t-elle dans ses derniers retranchements.
    Tombera-t-il enfin le masque ?

  • Le frère. __ la nuit n'existera plus. Jamais. Les chiens sont là, je les entends, ils me suivent à la trace. Se débarrasser de cette odeur. J'ai froid, mes vêtements sont trempés. Je n('ai plus peur. La nuit n'existera plus et ma bouche va s'ouvrir. le soleil se lève, les yeux me piquent. Quand je me suis enfui de la maison, je l'ai regardée une dernière fois sur sa balançoire. Anna. Chemisier ouvert sur trois boutons. Les seins offerts.
    Ma petite soeur.

  • L'homme qui regarde.
    - Tu es fou. l'homme qui travaille. - Je suis vivant. Et l'avenir m'appartient ! (Il remplit son verre, le vide d'un trait, le remplit à nouveau et se remet au travail.) L'homme a besoin de boites pour ranger ses souvenirs, pour protéger ses rêves, pour semer ses projets, pour nourrir ses utopies. L'homme qui regarde. - Mais qui voudra de ces boîtes qui ne ressemblent à rien ?

  • la mère.
    - alors c'est que vous n'avez jamais eu froid. vous êtes trop jeune. le froid, ça appartient au passé, comme les loups et les grandes familles. vous ne pouvez pas savoir ce que c'était, de traverser l'hiver des hautes terres avant qu'on y ait planté tous ces sapins qui ont, paraît-il, modifié le climat, l'ont réchauffé, ont échangé un peu de douceur contre la nuit des résineux et ont chassé les hommes, oui, une nuit maintenant sans légendes parce que sans personne pour dire l'hiver, pour écouter les morts et plaindre les vivants, non, plus personne...
    (elle se lève, va à la fenêtre.) paul est en retard... ils sont tous en retard.

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