Pu De Caen

  • Diderot n'est pas seulement l'auteur de traités philosophiques. Il fut aussi romancier, dramaturge et théoricien du théâtre. L'esthétique est le lieu de rencontre des multiples interrogations du philosophe, de l'écrivain et du critique d'art. Aussi n'est-il pas possible de séparer entièrement chez Diderot une pensée esthétique et une philosophie de la nature. Si les Salons, les Essais sur la peinture ou le Paradoxe sur le comédien ne sont évidemment pas des traités métaphysiques, ils sont sous-tendus par les thèses matérialistes et empiristes du Diderot philosophe et penseur de la nature.
    Porter notre attention sur l'esthétique de Diderot permet ainsi d'interroger les spécificités du matérialisme diderotien, que l'on a pu qualifier d'enchanté. Quel est le statut de cet enchantement ? Pourquoi le matérialisme devrait-il s'exprimer de manière poétique ? Comment s'articulent métaphysique, pensée de la nature et esthétique ? Quelles sont leurs influences réciproques ? Ce questionnement fondamental fut le soubassement de tous les textes composant ce numéro des Cahiers de philosophie.

  • Ces études voudraient inviter le public francophone à la découverte de la philosophie de l'école de Marbourg et de son apport au site pratique de la philosophie. La réflexion morale, juridique et politique s'est trouvée fort enrichie par les écrits de Friedrich Albert Lange, Hermann Cohen et Paul Natorp. Ernst Cassirer a poursuivi la réflexion de ses maîtres en théorie de la connaissance, mais aussi dans le site pratique, ici dominé par un socialisme d'inspiration kantienne.

  • Dès l'année 1835, Tocqueville avait compris que, dans son progrès « irrésistible », la démocratie moderne en viendrait rapidement à éroder les contenus traditionnels des normes et à demander aux volontés individuelles de fonder les règles et les normes. Dès lors, dans un monde privé de transcendance théologique et de référence axiologique universelle, émerge une culture en laquelle s'installe la logique des particularismes et du relativisme. Il est donc important de réfléchir sur le statut du droit et de l'éthique au sein de la dynamique démocratique des sociétés présentes. Quand elle obéit au poids de l'opinion publique, quand elle cède au pluralisme des valeurs, se pose un problème d'équilibre et de limite.Afin d'éclairer les diverses facettes de cette redoutable question dont dépend le destin des démocraties de notre temps, W. Allen, L. Bégin, A. Berten, A. Boyer, A. Comte-Sponville, L. Ferry, S. Goyard-Fabre, R. Legros, W. Norman, R. M. Peterson, A. Renaut, F. Routhier, L. Sosoe et J.-J. Wunenburger ont scruté l'évolution de la démocratie moderne, examiné les principes recteurs autour desquels elle s'organise et se meut, interrogé les faits et les doctrines, creusé jusqu'en leurs sources profondes le sens et la valeur, les promesses et les difficultés de ce qui s'affirme comme l'« âge démocratique ».

  • En quel sens et dans quelle mesure suis-je le sujet de mes pensées ou le sujet de mes actions ? Est-ce bien moi qui pense quand je pense ou qui agis quand j'agis ?Cette question cruciale qui est à la naissance de la philosophie moderne est traitée par des auteurs qui se rattachent à diverses « familles » philosophiques (kantisme, phénoménologie, philosophie analytique) : Alain Boyer, Fabien Capeillères, Ali-Ridha Chennoufi, Pascal Engel, Jean-Paul Harpès, Charles Larmore, Robert Legros, Melika Ouelbani, Hugues Poltier, Lukas Sosoe et Francesco S. Trincia.

  • L'Europe n'est pas une simple identité culturelle facilement repérable et la I tâche propre du philosophe est de montrer qu'elle est d'abord une question décisive et prioritaire, car c'est la possibilité même de sa définition qui ne va pas de soi.
    Étudier l'Europe en tant que " phénomène ", être attentif au " phénomène Europe ", comme le proposent les travaux réunis ici par les équipes de recherche de Nantes (CAPA) et de Caen (Identité et subjectivité), permet d'une part de ne pas enfermer dangereusement l'Europe dans une définition limitée qu'elle soit géographique, religieuse ou politique. Cela rend possible d'autre part, de mettre en lumière que l'Europe, dans sa crise structurelle, n'est pas une " idée fixe ", une obsession accidentelle de certains, mais un projet, un avenir, de l'humanité elle-même, qui ne peut être pleinement déterminé à l'avance.
    Les grands philosophes contemporains que sont Hegel, Husserl, Heidegger, Patoêka, Lévi-Strauss, Arendt, Levinas, Gadamer et Derrida, peuvent redonner foi en l'Europe en montrant que dans la difficulté de sa tâche de rationalisation, dans sa fragilité historique, elle est d'abord une exigence éthique de responsabilité universelle qui doit cependant s'accorder aux exigences de l'action.

  • Le réalisme est-il mort ? Il y a plus de vingt ans, le philosophe des sciences Arthur Fine partait du constat abrupt de ce qui lui apparaissait comme une déroute du réalisme scientifique et engageait à dépasser les affrontements doctrinaux opposant réalistes et antiréalistes. Il prônait à l'égard de la science une voie médiane débarrassée des présupposés généraux et des interprétations globales : une « attitude ontologique naturelle », plus ouverte et plus souple, consistant à accepter humblement les résultats de la science comme « vrais » au même titre que les vérités plus ordinaires. Dans ce contexte, les lignes se sont déplacées et la question même du réalisme s'est transformée. À un réalisme doctrinal, unitaire et hégémonique se substitue désormais un questionnement ouvert visant à cerner les différents aspects d'un réalisme problématique et fragmenté, porté par les théories physiques elles-mêmes. Faisant suite à un colloque international organisé à l'Université de Caen en 2005, qui réunissait historiens, philosophes des sciences et physiciens théoriciens réfléchissant sur l'état de leur art, les contributions rassemblées dans ce volume cherchent à éclairer ces formes renouvelées de réalisme et à interroger dans une perspective neuve certaines des thèses centrales autour desquelles s'est structuré le débat théorique entre réalisme et antiréalisme.

  • Donner à entendre la voix singulière de Gabriel Tarde, l'audace métaphysique de celui qui fut philosophe « sans avoir cherché à l'être, sans y avoir pensé » (Henri Bergson), suivre les contours souvent déroutants d'une recherche atypique, comprendre la filiation philosophique dans laquelle on peut l'inscrire, mesurer l'actualité de l'intempestif, sa puissance de suggestivité et sa puissance à servir de modèle non moins que sa suggestibilité ou facilité à subir des exemples: tels auront été le voeu et le menu du colloque qui s'est tenu à l'université de Caen Normandie en 2016, avec la collaboration du Centre d'histoire de Sciences Po (Fondation nationale des sciences politiques) où sont déposées les archives Gabriel Tarde.

    Direct héritier des considérations biraniennes sur l'hypnose et le somnambulisme, qu'il étend aux rapports interpersonnels, Gabriel Tarde s'inscrit dans une ligne philosophique qui va de Leibniz à Deleuze en passant par Cournot, Maine de Biran, et Bergson.

    Ce volume propose des lectures en amont du penseur (avec des inédits), mais aussi en aval, dans ses échos, à partir des travaux déjà réalisés et poursuivis en France, outre-Manche, aux États-Unis ou en Europe. Penseur de la relation interpersonnelle et / ou infra-individuelle, Gabriel Tarde développe une théorie tout à fait originale de la causalité mentale: les deux forces élémentaires à l'oeuvre dans le monde en général et le monde social en particulier, la croyance et le désir, sont au fondement d'une logique (répartition des croyances) et d'une dynamique (répétition et invention, distribution des désirs) sociales qui obligent à dépasser le débat polémique stérile de l'individualisme et du sociologisme, et affectent des domaines aussi variés que la psychologie, la criminologie, l'économie, la cosmologie ou la futurologie.

  • La pensée politique de Raymond Aron s'inscrit dans la tradition libérale, mais en conteste les développements les plus extrêmes. Symétriquement, Raymond Aron récuse l'analyse marxiste de la société, mais reconnaît la « part de vérité » inscrite dans la revendication des droits sociaux. Subtile et nuancée, brouillant les clivages établis, cette « politique historique » trouve sa fondation dans une réflexion philosophique sur l'historicité essentielle de l'être humain, la pluralité des valeurs et la finitude de tout savoir.Le texte inédit De l'existence historique fut écrit par R. Aron en introduction à un ouvrage qui ne fut jamais publié et dans lequel il voulait revenir sur les questions qui avaient été débattues dans l'Introduction à la philosophie de l'histoire.

  • La pensée politique de Kelsen a été beaucoup moins étudiée que sa théorie du droit. Dans le corpus de l'oeuvre, elle est loin, cependant, d'être négligeable.Avec la traduction inédite de deux textes de Kelsen, L'Essence de l'État, traduction de Pierre-Henry Tavoillot, et État fédéral et Confédération d'États, traduction de Madjouba Mounaïm, ce volume rassemble les études suivantes :Ch. Eisenmann : La Classification des formes politiques selon Hans Kelsen.St. L. Paulson : Kelsen as political theorist.M. Troper : Réflexions autour de la théorie kelsénienne de l'État.P. Amselek : À propos de la théorie kelsénienne de l'absence de lacunes dans le droit.S. Goyard-Fabre : L'État du droit et la Démocratie selon Kelsen.

  • Alexis de Tocqueville (1805-1859) est, à bien des égards, fils de son temps. Mais la portée de sa réflexion franchit largement les limites de son époque. Aujourd'hui que l'on redécouvre sa pensée, quelque peu restée dans l'ombre un siècle durant, on comprend qu'il a ciselé, dans l'intemporel, l'ideal-type de la démocratie, dont il percevait « l'irrésistible » montée. Loin de plaider pour la démocratie, il explique que « le fait démocratique » est tout ensemble riche de promesses et lourd de menaces. Il redoute « la tyrannie de la majorité » et de « l'opinion publique ». Il craint que la vague qui apporte « l'égalisation des conditions » ne chasse la liberté. La démocratie risque donc de provoquer des effets politiques inverses des visées qui sont les siennes.L'intelligentsia française, après l'Amérique libérale, sait depuis peu entendre les puissantes intuitions d'une oeuvre que l'histoire de la pensée politique ne peut marginaliser.

  • La notion d'État de droit, héritière de la doctrine allemande du Rechtsstaat et introduite en France par Carré de Malberg, est devenue aujourd'hui un lieu commun : l'État de droit, dit-on, a pour but de protéger les libertés individuelles des risques d'arbitraire du Pouvoir. Cet accord n'est pas sans faire naître quelque suspicion intellectuelle, car la référence constante à l'État de droit dans les discours libéraux ou socialisants recèle difficultés et équivoques.

  • Ce Numéro, coordonné par Jérôme Laurent et Michel Niqueux, aborde, à travers les oeuvres de quelques grands penseurs russes, les questions de " Métaphysique, culture et religion " (A Yastrebtseva propose une " Introduction à la philosophie religieuse de Vladimir Soloviev " ; L Corrado et V Porus deux études sur Florenski : " Les noms ; Eléments de réflexion sur l'onomatologie du père Pavel Florenski " et " Pavel Florenski : une philosophie antinomique de la culture et de l'individualité "; M Dermes: " Gustave Chpet et la tradition de la pensée religieuse en Russie " et " Temporalité et eschatologie en Russie.
    L'exemple de Nicolas Berdiaev, E-K Karpenko: "L'ipséité et l'ire comme Inconcevable: le projet de l'anthropologie religieuse de Simon Frank"; N. Depraz et F Mauriac : Paul Evdokimov: une "autre" phénoménologie de l'éros ? "). Y est abordée aussi la question de la réception de philosophes non russes par la tradition russe (A Muller: " La question de l'altruisme dans la première réception russe de Nietzsche [Preobrajenski, Lopatine, Grot, Astafiev] "; J Laurent : " Simon Frank lecteur de Plotin "; O Kobenko : " Alexeï Lossev lecteur de Platon : enquête sur l'herméneutique platonicienne ").
    Enfin, le numéro présente la traduction inédite en français de trois textes : celui de A Lossev, " Erôs chez Platon " (1916), est traduit par O Kohenko et les deux textes de V Soloviev, " Littérature ou vérité ? " (1897) et " L'idée de surhomme " (1899), sont traduits par A Muller. Une " Bibliographie en français sur Vladimir Soloviev " est proposée par Michel Niqueux.

  • L'histoire de la métaphysique a été portée par un double mouvement : celui de la recherche d'un sens premier du mot « être », mais aussi celui de la mise en ordre des acceptions subordonnées ou « modifiées » du mot « être ». Or s'il existe une vaste littérature historique et critique sur l'objet premier de la métaphysique, les historiens et les analystes ne se sont en revanche que peu intéressés au statut et au contenu des « diviseurs de l'être », autrement dit des grandes dichotomies qui permettent au métaphysicien d'ordonner la diversité des sens de l'être et de distinguer des types ou des classes d'étants. Ce volume, issu d'un colloque organisé en novembre 2006 à l'Université de Caen par l'équipe de recherche « Identité et subjectivité », entend donc faire sortir cette dimension fondamentale de l'histoire de la métaphysique de son occultation. Les contributions qu'il rassemble interrogent le statut logique et la portée ontologique des diviseurs de l'être en même temps qu'elles s'emploient à identifier quelques-unes des divisions que l'on peut dire critiques du point de vue de l'histoire de la métaphysique autant que de ses développements contemporains.

  • Si la notion de possible se fait jour dès l'Antiquité, le concept de monde possible ne s'épanouit qu'au cours de la période moderne. Se proposant de faire dialoguer histoire de la philosophie, sciences et philosophie contemporaine, ce volume veut interroger une notion depuis longtemps inscrite au confluent de la philosophie de la connaissance, de la physique, de la métaphysique et de l'épistémologie.

  • On sait la place que la « querelle des universaux » a occupée tacitement dans la philosophie ancienne, puis explicitement dans la philosophie médiévale, mettant aux prises réalistes et nominalistes. Comment comprendre le regain de faveur des discussions sur la réalité des universaux dans la philosophie contemporaineoe Y a-t-il réellement une pensée commune entre le réalisme d'un Duns Scot et celui d'un Armstrong, ou entre le nominalisme d'un Ockham et celui d'un Goodmanoe Ces questions ont fait l'objet d'un colloque organisé à l'Université de Caen, qui a permis une confrontation entre solutions anciennes et solutions contemporaines et un fécond débat entre historiens de la philosophie et philosophes contemporains.

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