Sciences humaines & sociales

  • Premier combat

    Jean Moulin

    Juin 1940.
    Chartres, submergée par la foule des réfugiés du nord, s'est simultanément vidée de ses propres habitants. quelques unités combattantes en retraite la traversent encore, bientôt suivies par les premiers détachements de la werhmacht. resté à peu près seul à son poste, le jeune préfet est convoqué par le vainqueur, qui veut le contraindre à signer un document mensonger portant atteinte à l'honneur de l'armée française.

    Le dramatique récit de jean moulin, dont le dépouillement fait la force, ouvre, le 17 juin 1940, le grand livre de la résistance.

  • En 1956, l'auteur de ce récit autobiographique a été rappelé en Algérie dans un régiment parachutiste pour participer à ce qu'on appelait faussement « La pacification ».
    Mais un jour, afin de soustraire à une exécution sommaire un jeune rebelle blessé, il le libère et déserte avec lui pour l'aider dans son évasion.
    Après une fuite d'une semaine dans le désert, ils réussissent à rejoindre l'Armée de Libération Nationale. L'auteur resta dix mois avec les combattants de l'A.L.N. avant de gagner Tunis et de là les États-Unis.
    En 1966, blanchi des deux condamnations à mort prononcées contre lui, il a pu revenir en France.
    Une semaine après sa parution aux Éditions de Minuit en octobre 1960, Le Désert à l'aube était saisi et sa diffusion interdite.

  • Le 11 juin 1957, Maurice Audin, mathématicien, assistant à la faculté des sciences d'Alger, membre du Parti communiste, était arrêté par les parachutistes du 1er R.C.P. Le 21 juin, selon ses gardiens, il se serait évadé. Nul ne l'a plus revu vivant et Henri Alleg, l'auteur de La Question, fut un des derniers à l'avoir vu pendant sa détention, alors qu'il venait d'être torturé. Jusqu'à la fin de la guerre d'Algérie et au-delà, face à la justice, les auteurs de ce rapt maintinrent, général Massu en tête, qu'Audin s'était effectivement évadé. Un comité Audin se constitua à Paris et décida de faire une enquête. En mai 1958, Pierre Vidal-Naquet, dont ce fut le premier travail historique, publiait, aux Éditions de Minuit, L'Affaire Audin. Il y démontrait que l'évasion était une imposture et émettait l'hypothèse qu'une comédie avait, effectivement, été jouée, dans laquelle un officier de parachutistes avait joué le rôle principal. Quant à Maurice Audin, il était mort au cours d'une séance de tortures. Il n'était pas un musulman que l'on pouvait passer par profits et pertes, il fallut bien camoufler sa mort.
    L'enquête judiciaire, menée d'abord à Alger, fut transférée à Rennes, où fut jadis jugée l'affaire Dreyfus, et se prolongea jusqu'en 1962. Dans le présent livre, l'ouvrage de 1958 est réimprimé intégralement, avec quelques précisions supplémentaires. Pierre Vidal-Naquet a eu accès non seulement aux dossiers des enquêtes successives, mais aux archives conservées sur cette affaire au ministère de la justice. Ces archives permettent, pour la première fois, de faire l'histoire de l'affaire, avant le délai habituel de cinquante ans. On verra donc non seulement comment Audin a disparu, comment l'enquête confirma l'hypothèse de 1958, mais surtout comment l'autorité judiciaire, du juge d'instruction au ministre, en passant par les procureurs généraux, réussit à éviter que ce crime soit jamais jugé. Ce livre est donc l'histoire tout à la fois d'un meurtre et d'un déni de justice. Le meurtrier, un lieutenant de l'armée française, qui étrangla Maurice Audin le 21 juin dans l'après-midi, prit sa retraite comme colonel, en 1981, avec le grade de commandeur de la Légion d'honneur. L'affaire Audin ne fût pas l'affaire Dreyfus et la vérité ne triomphe pas, mais elle fut, en un sens, plus : le révélateur d'une société démocratique en crise. Par-delà la guerre d'Algérie, la mort d'Audin nous interpelle encore aujourd'hui.

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  • Il s'agit de correspondances publiées, depuis 1958 pour la plupart, à propos de faits ou d'articles concernant la guerre d'Algérie.
    "Alors qu'auparavant, écrit Charlotte Delbo qui a composé ce recueil, l'indignation explosait en manifestations et en actions collectives..., elle n'a plus aujourd'hui le moyen de s'exprimer... Il n'y a plus de vie politique... Privé d'autres moyens d'agir on écrit des lettres." A propos de La Question, du Manifeste des 121, de Francis Jeanson, de Georges Arnaud... entre autres sujets. Parmi les textes rassemblés dans Les Belles Lettres certains n'avaient jamais été publiés dans leur intégralité.
    Quelques-uns auraient mérité une diffusion plus large que celle qui leur fut accordée. Ainsi, par exemple, la lettre adressée par dom Robert Gillet, bénédictin, à Laurent Schwartz après ses démêlés avec le ministre des Armées : "J'ai toujours pensé que Dieu avait de l'imagination et de l'humour. Il est certainement très content de vous..." D'autres messages - comme les derniers mots des exécutés de Montluc ou de la Santé - sont tragiques et graves, peu connus eux non plus [...].
    Ces Belles Lettres, pour la plupart, valent d'être lues et relues. AJ, Le Monde, 9-10 avril 1961.

  • Cet ouvrage a été écrit en août 1945. Sa publication suscita un profond retentissement, couronné, en 1946, par l'attribution du Prix Théophraste Renaudot.
    Bien des années ont passé depuis lors, et une nouvelle génération est arrivée à l'âge des idées et des passions pour qui le monde concentrationnaire apparaît déjà dans un fabuleux passé. Sa réédition en 1965 permit de situer définitivement L'Univers concentrationnaire parmi les grands classiques de notre époque.

  • La gangrène

    Collectif

    Le gouvernement a fait saisir, le 19 juin, les exemplaires d'un livre, La Gangrène, que venaient de publier Les Éditions de Minuit. Ce livre reproduisait des déclarations de cinq détenus algériens, pour la plupart étudiants, qui affirmaient avoir été abominablement torturés dans les locaux de la D.S.T., rue des Saussaies, à Paris, entre le 2 et le 12 décembre 1958.
    Le gouvernement a justifié cette saisie, dans un communiqué officiel, par le caractère « infamant et mensonger » du livre. Jeudi, au Sénat, répondant à une interpellation de M. Deferre, M. le premier ministre ajoutait que cet « ouvrage infamant », « affabulation totale qui ne saurait représenter en quoi que ce soit l"ombre de la vérité » avait été « rédigé par deux écrivains stipendiés du parti communiste ».
    Que le gouvernement considère les faits évoqués dans La Gangrène comme infâmes, il n'est pas un Français qui ne s'en réjouira.

    Jérôme Lindon, 29 juin 1959 Ce livre publié en juin 1959 a été aussitôt saisi.

  • On se rappelle comment, en décembre 1961, l'opinion française assista à cet épisode grotesque, qu'on n'ose dire scandaleux, tant nous avons vu de scandales, mais d'une qualité particulière d'absurdité : le jugement et la condamnation de Jérôme Lindon, directeur des Éditions de Minuit, pour avoir publié Le Déserteur, roman. Jérôme Lindon vient de publier, sous le titre « Provocation à la désobéissance » le compte rendu sténotypique des débats, augmenté de quelques pièces annexes, lettres et documents. L'aspect mineur du scandale est celui qui apparaît le premier : poursuivre un éditeur, sous prétexte qu'il a publié un roman contenant certains traits autobiographiques (ce qui est le cas de bien des romans !) en lui imputant les opinions d'un personnage de ce roman. Mais le véritable scandale n'est pas là : il est d'abord d'entendre des magistrats user, pour arriver à une condamnation, d'une dialectique boîteuse, de citations tronquées, d'affirmations qu'on aimerait croire sincères. « Tout le monde est d'accord contre la torture », affirment juges et procureurs. Et de condamner Lindon. [.]. Dans les grands procès politiques de ces dernières années, celui du réseau Jeanson, celui de Georges Arnaud, celui de l'abbé Davezies, les débats prenaient l'allure d'un véritable combat politique, et la défense démontrait clairement l'inanité du prétendu « arbitrage » d'un tribunal acquis par avance, pour des raisons politiques, au thèses de l'accusation.

    Paul-Louis Thirard, Tribune socialiste, 24 février 1962

  • Dans La Question, Henri Alleg a relaté les circonstances de son arrestation et de sa séquestration au centre de tri d'El-Biar.
    II fait aujourd'hui le récit des trois années qu'il a passées en prévention à la prison civile d'Alger, au milieu de ses compagnons de lutte. II importe bien de signaler que cette prison de Barberousse n'est qu'un des multiples bastions de la répression en Algérie ; on pourrait même dire qu'elle a fonctionné jusqu'ici dans des conditions « privilégiées », du fait de la présence dans la ville de plusieurs légations, consulats et journalistes étrangers.
    Le récit s'arrête au début de juin 60, c'est-à-dire à la veille du procès au cours duquel Henri Alleg devait comparaître devant le tribunal militaire d'Alger, avec Ahmed Akkache et d'autres responsables et militants du parti communiste algérien.
    La presse française et étrangère a suffisamment souligné le caractère scandaleux de ce procès ; il n'est donc pas utile d'y revenir en détail. Rappelons seulement que le huis-clos fut prononcé presque à l'ouverture de l'audience, qu'AIleg qui dénonçait ses tortionnaires, fut expulsé du banc des accusés et se vit refuser le droit d'exposer la politique défendue par son journal, tandis que son avocat, Me Matarasso, était menacé de comparution devant la cour.
    À l'issue des « débats », de lourdes peines furent prononcées. Alleg fut condamné à dix ans de prison, c'est-à-dire au maximum de la peine prévue. Tout en reconnaissant que certaines circonstances du procès étaient « regrettables », la cour de cassation confirma ce jugement pendant l'été 60.
    Depuis le 28 juin 1960, Alleg est détenu à Rennes où il a été transféré pour être entendu comme témoin dans le cadre de l'affaire Audin.

  • Itinéraire

    Robert Bonnaud

    Robert Bonnaud est professeur agrégé d'histoire à Marseille.
    Rappelé en 1956 pour servir en Algérie, il a la pensée de refuser de partir, mais il cède et séjourne chez les Nementchas où il se livre à une propagande active contre la guerre d'Algérie, tandis qu'il fraternise volontiers avec les indigènes. Au retour, il témoigne de ce qu'il a vu, cherche à faire l'union des partis de gauche pour imposer la paix, contribue à fonder l'Union de la gauche socialiste sans accepter d'en faire partie.
    Puis, dans les groupes de Jeune Résistance, continue inlassablement le même combat. Il est arrêté en juin 1961 et enfermé dans la prison des Baumettes. Sous le titre Itinéraire ont été rassemblées des lettres écrites d'Algérie, une correspondance avec Marius Chatignon, collaborateur de la revue Esprit, et des lettres de prison. La pensée est toujours ferme, toujours orientée dans le même sens, malgré les épreuves subies.
    Evidemment, on est très loin de la littérature officielle. Telle quelle, cette plaquette vaut comme témoignage d'un état d'esprit plus répandu sans doute qu'il n'y paraissait parmi les hommes du contingent ou les rappelés, mais que la prudence ou la méfiance empêchaient de se manifester. AM, Les Livres, décembre 1962.

  • La torture a été officiellement abolie en france en 1788.
    La révolution n'en usa pas, ni l'empire. en 1959, pourtant, quatre étudiants portaient plainte à paris, pour avoir subi la question des mains de policiers en service, rue des saussaies, à deux pas de l'elysée. encore ne représentaient-ils qu'un cas parmi les milliers qu'on aurait découverts au même instant dans ces départements français que formait alors l'algérie.
    Comment en était-on arrivé là ? historien, pierre vidal-naquet est animé d'une passion, celle de la justice.
    Il démonte ici la logique d'un système qui, une fois mis - ou plutôt remis - en marche, est bien difficile à bloquer. comme il paraît tentant en effet, lorsqu'on est persuadé d'avoir raison, d'user de sa force pour écraser le " rebelle " désarmé ! raison d'etat. c'est précisément contre cette forme de régression que les hommes ont inventé le droit. on voit dès lors oú se situe le combat véritable, et comment, même gagnées, les " batailles d'alger " sont toujours des défaites.

  • La question

    Henri Alleg

    Quatrième de couverture La première édition de La question, d'Henri Alleg fut achevée d'imprimer le 12 février 1958. Des journaux qui avaient signalé l'importance du texte furent saisis. Quatre semaines plus tard, le jeudi 27 mars 1958 dans l'après-midi, les hommes du commissaire divisionnaire Mathieu, agissant sur commission rogatoire du commandant Giraud, juge d'instruction auprès du tribunal des forces armées de Paris, saisirent une partie de la septième réédition de La question. Le récit d'Alleg a été perçu aussitôt comme emblématique par sa brièveté même, son style nu, sa sécheresse de procès-verbal qui dénonçait nommément les tortionnaires sous des initiales qui ne trompaient personne. Sa tension interne de cri maîtrisé a rendu celui-ci d'autant plus insupportable : l'horreur était dite sur le ton des classiques. La question fut un météorite dont l'impact fit tressaillir des consciences bien au-delà des « chers professeurs », des intellectuels et des militants. A l'instar de J'accuse, ce livre minuscule a cheminé longtemps.

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