Barbara Cassin

  • L'autobiographie philosophique de Barbara Cassin, un texte sensible et littéraire qui, de l'anecdote à l'idée, nous donne à voir la texture philosophique de toute vie.
    Vous avez les plus belles jambes du monde, vous serez ma femme ou ma maîtresse. Voilà ce qu'est devenu l'amour de ma vie. Moi, épouser un Juif, jamais ! Barbara juive ? Tais-toi donc mon garçon, elle est si gentille. Avec un instinct sûr, vous choisirez votre siège. Vous prenez votre petit déjeuner à la table de ce nazi ! Comme c'est gentil de me reconnaître, Jacques Lacan. It's no greek ! Madame, Madame, j'ai compris l'étymologie de con-cierge. À partir de combien de livres est-on cultivé ? Que pensez-vous de ce que vous voyez ? J'aime quand tu as le corps gai. Arrêtez de le regarder, laissez-le partir...
    Ces phrases font passer de l'anecdote à l'idée. Elles sont comme des noms propres qui titrent les souvenirs. Elles fabriquent une autobiographie philosophique, racontée à mon fils Victor et écrite avec lui. En les disant, je comprends pourquoi et comment elles m'ont fait vivre-et-penser. Si dures soient-elles parfois, elles donnent accès à la tonalité du bonheur.

    Un travail mère-fils qui fait redécouvrir Char, Heidegger, Lacan, la Grèce, l'Afrique du Sud, la Corse, les juifs, les cathos, des Hongrois, des Allemands... Avec Ulysse en figure de proue, l'homme d'Homère qui passe là où il n'y a pas de passage, entre Hélène qui ravit et Barbara bla-bla-bla.

  • Chacun naît dans la ou les langues qu'on parle autour de lui. Mais qu'est-ce qu'une langue maternelle ? Et qu'arrive-t-il quand on en apprend une autre ?
    Si chaque langue dessine un monde, qu'est-ce qui se dessine quand on en parle plusieurs ? Passer d'une langue à l'autre, en apprenant, en traduisant, c'est s'aventurer dans une autre manière de faire passer le sens. Toutes ces manières, quand on les frotte les unes aux autres, s'enrichissent : on comprend mieux ce que l'on essaie de dire quand on sait que cela se dit autrement, dans une autre langue, avec des mots qui ne disent peut-être pas tout à fait la même chose. Un texte fort et passionnant, par la récente académicienne.
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  • Le discours de réception de Barbara Cassin à l'Académie française, reçue le 17 octobre 2019, est un hommage à Philippe Beaussant.
    « Je ne peux pas m'empêcher de penser, mais c'est sans doute encore un préjugé, qu'il est plus facile d'épouser la diversité, le pluriel et le temps quand on est une femme - je veux dire : avec le côté femme de nous-mêmes. Plus facile, de prendre ses distances avec l'Un, la Vérité, la Raison, la Pensée, l'Universel, plus facile de croire moins quand on est une femme. Nous avons été si longtemps privées de philosophie et de politique, depuis la Grèce jusqu'à la génération de ma mère qui, jeune, ne votait pas et n'avait pas de chéquier. C'est cela qui a changé. L'Académie, un monde d'hommes, fait par des hommes pour des hommes, s'ouvre. »

  • La nostalgie

    Barbara Cassin

    • Pluriel
    • 18 Février 2015

    Au départ, il y a une question émouvante : pourquoi, se demande Barbara Cassin, suis-je en proie à la nostalgie quand je pense à la Corse, alors que je n'y ai pas mes racines ?
    C'est peut-être que c'est une île de la Méditerranée, qui est la mer de l'Odyssée et de l'impossible retour.
    Dans cette enquête cheminant en compagnie d'Ulysse, d'Énée et de Hannah Arendt, Barbara Cassin montre que la nostalgie est moins une affaire de sol que de langue natale, et qu'on est chez soi quand on est accueilli.
    Barbara Cassin, philologue et philosophe, est directrice de recherches au CNRS.
     

  •     Quand dire, c'est vraiment faire : comment fait-on des choses avec des mots, comment fait-on vraiment des choses rien qu'avec des mots ? Cet ouvrage produit un court-circuit entre l'une des inventions contemporaines les plus « révolutionnaires » en matière de langage à en croire Austin : le performatif, et la toute-puissance du logos grec.
      Le premier épisode isole une généalogie païenne du performatif. Quand Ulysse dit à Nausicaa : « Je te prends les genoux » parce qu'il a trop peur de lui prendre les genoux, à quelles conditions est-ce là « un discours qui gagne » ? Le second temps part de la sophistique. Dans l'Éloge d'Hélène, Gorgias théorise le pouvoir du logos qui « avec le plus petit et le plus inapparent des corps performe les actes les plus divins ». Quel est alors le statut de ce que la philosophie appelle rhétorique ? Le troisième moment est contemporain. Desmond Tutu, qui préside la Commission Vérité et Réconciliation en Afrique du Sud, inventée pour éviter un bain de sang prévisible post-apartheid, dit : « On croit d'ordinaire que le langage dit les choses. La Commission n'est pas de cet avis. Le langage, discours et rhétorique, fait les choses. Il construit la réalité. » Qu'apprenons-nous ainsi sur la performance-performativité de la parole en politique ?
      Que reste-t-il donc aujourd'hui, à l'ère des fake news, des deux fétiches dont Austin se joue : le fétiche vrai/faux  et le fétiche valeur/fait ? A travers ces trois mises en scène poétique, rhétorique et politique de la performance langagière, Barbara Cassin, dans la suite de ses travaux sur l'évaluation, la psychanalyse ou la traduction, poursuit son exploration de ce que peuvent les mots.
      Barbara Cassin, directrice de recherche au CNRS, est philologue et philosophe, spécialiste de philosophie grecque. Elle a été élue en mai 2018 à l'Académie française.

  • Au départ, il y a une question, émouvante : pourquoi, se demande Barbara Cassin, suis-je en proie à la nostalgie dès que je mets les pieds en Corse, alors que je n'y ai pas mes racines? C'est peut-être que cette île appartient à la Méditerranée, mer de l'Odyssée et de l'impossible retour.

    Dans cette enquête cheminant en compagnie d'Ulysse, d'Énée et de Hannah Arendt, la philosophe montre, avec une érudition polyglotte, que la nostalgie est moins une affaire de sol que de langue natale.

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  • éloge de la traduction

    Barbara Cassin

    • Fayard
    • 9 Novembre 2016

    Dans le sillage du Vocabulaire européen des philosophies, Dictionnaire des intraduisibles, paradoxalement traduit ou en cours de traduction dans une dizaine de langues, Barbara Cassin propose sur la traduction un point de vue peu banal. Se méfiant de l'Un et de l'universel du Logos, elle se sert de l'outil sophistique pour faire l'éloge de ce que le logos appelle « barbarie », des intraduisibles, de l'homonymie. Pour combattre l'exclusion, cette pathologie de l'universel qui est toujours l'universel de quelqu'un, elle propose un relativisme conséquent non pas le binaire du vrai/faux, mais le comparatif du « meilleur pour ». Elle montre que la traduction est un savoir-faire avec les différences, politique par excellence, à même de constituer le nouveau paradigme des sciences humaines. Parce qu'elles compliquent l'universel, dont le globish, langue mondiale de communication et d'évaluation, est un triste avatar, les humanités sont aujourd'hui passées de la réaction à la résistance.
      

  • "Le psychanalyste, c'est la présence du sophiste à notre époque, mais avec un autre statut", dit Lacan en 1965.
    Est-ce cela qui le poussa à consulter Barbara Cassin sur la doxographie ? Dans le fil de cette rencontre, les outils de L'helléniste servent à montrer les similitudes entre parole analytique et discours sophistique et selon quelles voies Jacques le Sophiste fait passer du "sens dans le non-sens" (lapsus et mots d'esprit) au "foncier non-sens de tout usage du sens". Aristote est ici interpellé par un Lacan, sophiste moderne, qui pointe la "connerie" du Stagyrite à l'endroit du principe de non-contradiction.
    Comment parle-t-on, comment pense-t-on la manière dont on parle, quand on place avec Lacan l'énoncé "Il n'y a pas de rapport sexuel" en lieu et place du premier principe aristotélicien ?

  • Après Babel, traduire

    Barbara Cassin

    Le catalogue de l'exposition «Après Babel, traduire» (MuCEM, du 13 décembre 2016 au 20 mars 2017) articule deux idées fortes. L'une renvoie à un fait d'histoire : la traduction est l'une des caractéristiques essentielles de la civilisation en Méditerranée. L'autre est un enjeu de politique contemporaine : la traduction, comme savoir-faire avec les différences, est un modèle pertinent pour appréhender la citoyenneté d'aujourd'hui. Ces idées seront instruites dans un «fil rouge» rédigé par la commissaire de l'exposition, Barbara Cassin, qui court tout au long de l'ouvrage, en regard ou en marge des différentes contributions.

  • Instrument indispensable à toute gouvernance, forgé sur le modèle des pratiques des agences de notation financière, l'évaluation a étendu son empire à tous les domaines, tous les métiers, tous les instants, tout, vraiment tout, de la naissance à la mort. Et elle n'a cessé de prouver, de toutes les manières possibles, son inopérante bêtise et sa dangerosité. Pourtant, elle n'est jamais démentie : elle promet encore plus, si l'on évalue encore... Pour comprendre ce qui ne va plus, ce qui ne doit pas continuer, il faut s'intéresser à l'outil universel de l'évaluation : les grilles. Nous, citoyens, administrés, professionnels, étouffons derrière les grilles. Il faut coûte que coûte entrer dans les cases. Il faut réduire chacun de nos actes à une série d'items pour qu'ils soient quantifiables, performants. Ce que nous faisons les uns et les autres n'a plus de sens : nous ne reconnaissons plus nos vies dans la représentation du monde ainsi formaté. Les grilles produisent un monde surveillé qui élimine toute inventivité, toute nouveauté, tout espace de liberté. Un monde mort... Ne restons pas plus longtemps enfermés derrière les grilles d'évaluation.

    Avec les contributions de : Éric Alliez, Didier Bigo, Laura Bossi, Serge Bronstein, Fernanda Bruno, Catherine Caleca, Barbara Cassin, Julie Caupenne, Marie-José Del Volgo, Nathalie Georges-Lambrichs, Yves Gingras, Roland Gori, Jean-Jacques Gorog, Daphné Marnat, Christine Nicoulaud, Albert Ogien, Peter Osborne, Marie-Blanche Régnier, Claude Schauder, Christian Védie, Catherine Vidal.

  • Cet ouvrage, publié à l'occasion des dix ans du dictionnaire français, délibérément multilingue, est un ouvrage de traduction et sur la traduction. Il poursuit le geste du Vocabulaire européen et constitue un manifeste à la fois philosophique et politique pour la diversité des langues. La traduction, comme savoir-faire avec les différences, devient visiblement l'un des meilleurs paradigmes, sans doute aujourd'hui le plus fécond, pour les sciences humaines.

  • « Avec le plus petit et le plus inapparent des corps » : telle est la manière dont le sophiste Gorgias désigne l'opération du logos, du « discours », qui est pour lui un grand tyran, capable d'agir sur les autres en les persuadant, et sur le monde en le fabriquant et le transformant. Barbara Cassin, philosophe et philologue, spécialiste de la Grèce ancienne, a choisi de mettre en récit un certain nombre de ces opérations de discours et d'en montrer les effets, constitutifs d'une vie. Cette série de courts textes dessine ainsi une ligne de vie en ses points singuliers et pourtant généralisables. Une vie de femme, avec souci de soi et souci du monde, qui n'a d'autre consistance à son tour, réelle et fictive, que le récit qui en est fait. Cette oeuvre littéraire, une prose simple et violente, est le bord même de la philosophie. Elle se lit comme un roman ou comme un conte où l'érotisme a sa place, mais elle est construite pour bousculer les genres littéraires et les disciplines universitaires, plus inclassable encore qu'une femme-philosophe dans un monde encore et toujours platonicien.

  • Tout le monde connaît l'histoire mythique des start-up : deux étudiants dans un garage qui traficotent des ordinateurs et qui finissent - quelques années plus tard - soit ruinés, soit à la tête d'un empire. Pour Larry Page et Sergey Brin, ce fut l'histoire d'un empire : un empire de l'information, du savoir et du commerce. à l'échelle planétaire. Désormais, pour des centaines de millions de personnes, Google est le synonyme d'Internet, et certains disent même être devenus " google-dépendants " !
    L'esprit et le charme originels de Google ont disparu dès lors que ce moteur de recherches est devenu une société cotée en bourse : son impartialité dans l'information n'est plus garantie .
    Quels sont les intérêts de Google, dont le projet est d'" organiser toute l'information et de numériser tous les savoirs du monde " ? Faut-il impérativement se plier au modèle Google pour " en être ", par crainte de disparaître ? Va-t-on vers des savoirs majoritaires et des savoirs minoritaires ?
    Avec brio et humour, Barbara Cassin mène l'enquête pour nous aider à comprendre exactement la signification du phénomène Google, et sa portée - indubitablement - politique, économique et culturelle.

  • Aristote et le logos

    Barbara Cassin

    • Puf
    • 1 Novembre 1998

    Cette tude interroge l'image actuelle d'Aristote qui fait de lui un philosophe phnomnologiquement correct partir des inconsistances et des hiatus qu'Aristote, trop honnte, ne cherche jamais cacher. Dire le monde ? Mais on s'aperoit qu'il y a un saut entre la logique de la sensation et celle du langage.

  • L'un des problèmes les plus urgents que pose l'Europe est celui des langues. On peut choisir une langue dominante, dans laquelle se feront désormais les échanges, ou bien jouer le maintien de la pluralité, en rendant manifeste le sens et l'intérêt des différences. Ce Vocabulaire s'inscrit dans la seconde optique.
    Il a l'ambition de constituer une cartographie des différences philosophiques européennes, en capitalisant le savoir des traducteurs. Il explore le lien entre fait de langue et fait de pensée, et prend appui sur ces symptômes que sont les difficultés de passer d'une langue à l'autre avec Mind, entend-on la même chose qu'avec Geist ou qu'avec esprit ; Pravda, est-ce justice ou vérité ? Chaque entrée part ainsi d'un fait d'intraductibilité, et procède à la comparaison des réseaux terminologiques, dont la distorsion fait l'histoire et
    la géographie des langues et des cultures.
    Il ne s'agit pas pour autant de recenser tous les intraduisibles en philosophie, ni même les termes « les plus intraduisibles » de tous. Pas plus qu'il ne s'agit de tous les mots, ni de toutes les langues (pas même européennes), ni de toutes les philosophies. Mais ce dictionnaire entend concentrer ses recherches sur, très exactement, des symptômes de différences et réfléchir sur les contrastes essentiels dans les manières de parler et de penser.

  • Chacun naît dans la ou dans les langue(s) qu'on parle autour de lui. Mais qu'estce qu'une langue « maternelle » ? Et qu'arrive-t-il quand on en apprend une autre ? Et pourquoi l'apprend-on ? Si chaque langue dessine un monde, qu'estce qui se dessine quand on en parle plusieurs ? Que se passe-t-il d'une langue à une autre ? Et pourquoi comprend-on mieux ce que l'on dit quand on sait que ça se dit autrement, ailleurs ?

  • La classification au patrimoine de l'humanité, par l'Unesco, se fait à l'aide de critères appartenant au langage. Ces contributions interrogent la reconnaissance et la préservation du patrimoine africain, au regard de la difficulté de transposition de ces critères dans les langues d'Afrique. Elles prennent pour objet d'étude la traduction des concepts de patrimoine et de musée.

  • Les maisons de la sagesse-traduire : une nouvelle aventure Nouv.

    Les maisons de la sagesse (dont le nom complet est Maisons de la sagesse-Traduire) n'ont ni portes ni fenêtres. Il s'agit d'un réseau de lieux et d'actions où circulent les langues, les cultures, les idées, les savoirs, les pratiques, les générations. Dans cet ouvrage, Barbara Cassin et Danièle Wozny racontent ces « Maisons » qui sont aujourd'hui un lieu d'accueil où sont créés des glossaires bilingues pour l'administration française, où sont promues des Banques culturelles solidaires, où s'élabore le Dictionnaire des intraduisibles des trois monothéismes. Ces expériences sont déjà une manière de faire bouger la société, en s'appuyant, comme dans la traduction, sur les différences et les difficultés pour ouvrir un passage. Savoir-faire avec les différences, voilà justement ce dont nous avons besoin, y compris politiquement, et à présent plus que jamais ?

  • L'un des problèmes que pose l'Europe est celui des langues. On peut choisir une langue dominante, l'anglais global ou globish, pour l'économie des échanges, ou bien jouer le maintien de la pluralité, en rendant manifestes le sens et l'intérêt des différences. Ce Vocabulaire s'inscrit dans la seconde optique.

    Dirigé par Barbara Cassin, entourée d'une équipe de près de 150 chercheurs aux profils linguistiques et philosophiques les plus variés, le Vocabulaire européen des philosophies, publié en 2004, a fait date. Rédigé en français, ce « Dictionnaire des intraduisibles » est aujourd'hui traduit, c'est-à-dire réinventé dans une dizaine de langues.

    En capitalisant le savoir des traducteurs, il constitue une cartographie des différences philosophiques européennes. Il explore le lien entre fait de langue et fait de pensée, et prend appui sur ces symptômes que sont les difficultés de passer d'une langue à l'autre - avec mind, entend-on la même chose qu'avec Geist ou qu'avec esprit ? Pravda, est-ce justice ou vérité ? Et que se passe-t-il quand on rend mimêsis par imitation ? Chaque entrée part ainsi d'un « intraduisible » - non pas ce qu'on ne traduit pas mais ce qu'on ne cesse pas de (ne pas) traduire -, et procède à la comparaison de réseaux, terminologiques et syntaxiques, dont la distorsion fait l'histoire et la géographie des langues et des cultures. C'est un instrument de travail d'un type nouveau, indispensable à la communauté scientifique, en même temps qu'un guide de l'Europe philosophique pour les curieux de leur langue et de celles des autres.

    La présente édition se trouve augmentée d'un florilège d'entrées significatives ajoutées dans les différentes traductions dont il fait l'objet. On comprend ainsi qu'il s'agit d'un geste plutôt que d'une oeuvre close : il fait de la traduction, comme savoir-faire avec les différences, un nouveau paradigme des sciences humaines.

  • Barbara Cassin et Alain Badiou s'interrogent, en échangeant et en argumentant, sur leur démarche intellectuelle : elle, femme et sophiste, lui, homme et platonicien.
    Alain Badiou est platonicien (plutôt platonicien), Barbara Cassin est sophiste (plutôt sophiste).
    Cela a-t-il quelque chose à voir avec le fait qu'il soit un homme et qu'elle soit une femme ?

    Telle est la question que nous nous posons depuis longtemps.
    Depuis que nous nous connaissons en somme, et que nous avons commencé à travailler ensemble comme directeurs de collection.
    À un moment donné, nous avons pris cette question à bras-le-corps.
    C'est venu, peut-être, d'une remarque à notre propos disant que, un platonicien avec un(e) sophiste, cet attelage qui ne laissait rien échapper devenait pour de bon dangereux. Nous avons ri, et réfléchi.

    D'abord, nous avons échangé des lettres, jouant avec le plaisir d'une correspondance sporadique, parfois rauque, pendant trois ans. Au beau milieu de quoi nous avons décidé de faire un séminaire commun ailleurs, loin de nos bases : à Johns Hopkins. On nous a obligés à répondre sans arrière-monde, Alain Badiou en mathématicien-platonicien, Barbara Cassin en philologue-sophiste.

    À bras-le-corps donc, mais encore latéralement comme on voit. Nous avons alors ressenti la nécessité d'exhiber les éléments clefs à quoi tiennent nos positions, ce qui philosophiquement nous tient. Puis nous avons déroulé les conséquences strictes de ces solidités quant à l'idée que nous nous faisons du rapport homme femme.

    Au moment de conclure, nous nous sommes demandé ensemble pourquoi nous choisissions la Grèce.

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