Arts et civilisations

  • Les We vivent dans les forêts de la frontière occidentale de la Côte d'Ivoire. Leur nom signifie « les hommes qui pardonnent facilement ». Dans la vie sociale de ce peuple, la cellule familiale joue un rôle important. Chaque famille est conduite par un patriarche, révéré pour sa sagesse et sa richesse, à qui incombe de superviser la vie du clan. Il organise les mariages, règle les conflits et influence la vie religieuse.
    Longtemps désignés sous d'autres appellations (Guere, Wobe, Kran), les We vivent de part et d'autre de la frontière entre le Liberia et la Côte d'Ivoire - et sont de ce fait considérés, dans les deux pays, comme une population « périphérique ». Il s'agit d'une civilisation de masques, aux antipodes d'autres sociétés qui en sont dépourvues (tels les Ashanti, au Ghana).
    Leurs masques, pourtant, par leur hardiesse plastique, furent parmi les premiers à subjuguer les artistes cubistes en Occident. Kahnweiler, le célèbre marchand d'art de Picasso, racontait que l'artiste possédait un masque wobe et que c'est justement son étude qui poussa Picasso vers des évolutions si innovantes.
    Insolites, exubérants, fantasmagoriques, leurs masques surprirent par leur diversité et leur éblouissante inventivité formelle. Ils ont également influencé les oeuvres de peuples voisins. Au point que leur art, loin d'être isolé, à l'écart, perdu dans la forêt, apparaît comme une clé de voûte, un pivot - si l'on cesse de croire que la création obéit aux découpages coloniaux.
    Avec ce constat majeur : il s'agit bien d'une civilisation de masques, tant ils sont abondants dans chaque village. Régissant tous les domaines (juridique, mystique, agricole), ils participent aux multiples phases de la vie. Cet art évolutif, mobile, implique une différence capitale par rapport aux créations d'autres peuples, chez lesquels la morphologie détermine aisément le sens, la portée, le type de cérémonies : chez les We, la forme ne permet jamais vraiment d'inscrire l'oeuvre dans une catégorie.

  • Figurines des Kulango. Les Esprits mystérieux de la brousse se propose de faire connaître les ?uvres miniatures créées par les Kulango, au nord-est de la Côte d?Ivoire, jadis les vassaux des deux royaumes que le pays a comptés (Bouna et Gyaman). Peu connu, leur art, étonnamment varié, intrigue et déconcer te. Leurs créations en métal sur tout, d?une saisissante liber té d?expression, rompent avec les codes iconographiques qui régissent leur statuaire en bois.
    Délivrés du hiératisme, les corps semblent réinventer le mouvement en adoptant parfois une gestuelle presque chorégraphique, une grâce aérienne, des lignes sinueuses. Ou bien, dans une tension frémissante, ils exhibent des torsions inattendues, de provocantes cambrures, ou ils s?allongent jusqu?au paroxysme, avec des raccourcis virtuoses, des volumes stylisés. D?autres sont plus étranges encore, comme ces siamois, ces triplés indissolubles, ces créatures sans tête ou dotées d?une tête unique sur deux torses, d?une seule jambe, de quatre jambes, de pieds palmés, de bras-ailerons, de corps annelés. Qui sont ces êtres énigmatiques dont les yeux globuleux scrutent l?invisible? Les choix plastiques se limitent-ils à ces quelques exemples ?
    Statuettes de divination, poids à peser l?or. Introduites dans notre univers par la métamorphose ressuscitées ressurgissent, telles des apparitions d?un autre monde.

  • Les Baule, installés au centre de la Côte d'Ivoire, possèdent un art extrêmement diversifié, dans presque toute catégorie d'objets, comme si chaque élément utilitaire était source de création. Alors que les peuples voisins se bornent souvent à sculpter des masques, et d'autres, uniquement des statuettes, les Baule possédaient jadis des portes, des cuillers, des poulies, des tambours décorés, et ils ont su tirer parti des moindres ustensiles : sièges, amulettes, lance-pierres... Foisonnement artistique qui se traduit aussi par la manière dont tous les matériaux ont été utilisés : bois, tissus, métal, or... Et très souvent ce sont les oeuvres a priori les plus humbles qui sont aussi les plus fortes sur le plan esthétique. L'intérêt pour cet art fut d'ailleurs, si on le compare à celui d'autres régions d'Afrique, très précoce en Europe, dès le début du XXe siècle, parce qu'il semblait immédiatement séduisant. Cet ouvrage nous offre une vue d'ensemble du peuple Baule afin de mieux comprendre comment des formes et des styles très divers proviennent d'un ensemble unique. Il examine l'art Baule à travers des clichés de terrain et une cinquantaine de pièces, dont certaines sont de véritables chefs-d'oeuvre, provenant de musées ou de collections particulières.

    Alain-Michel Boyer, professeur d'art africain, est membre du Conseil National des Universités à Paris, après avoir enseigné dans des universités américaines. Agrégé, diplômé d'anthropologie et deux fois docteur à la Sorbonne, il a vécu trois ans dans un village baule et retourne toutes les années plusieurs mois en Afrique. Il a publié de nombreux livres dont le plus récent est Les Arts d'Afrique (Hazan, 2006).

  • Combien de peuples africains, de faible importance numérique, sont-ils encore aujourd'hui, « oubliés », même si les pays où ils vivent font la « une » des média ? C'est le cas en Côte d'Ivoire, qui comporte plus de soixante ethnies, jusque-là réunies dans la plus grande harmonie. Combien d'arts sont-ils du coup négligés, alors qu'ils ont influencé ceux de leurs plus puissants voisins ? Tels sont les Wan, les Mona, les Koyaka, qui vivent presque côte à côte, au centre-ouest de la Côte d'Ivoire, dans quelques dizaines de villages, et dont l'Occident ne sait presque rien. Qui serait capable de leur attribuer une quelconque création artistique ? Pourtant, leurs nombreux masques, masques à visage humain, masques-disques, masques anthrozoomorphes, masques-heaumes, évoquant des entités surnaturelles, sont encore tous en fonction, lors de spectaculaires cérémonies, et ces réalisations plastiques, qui ont irradié vers l'Est et le Sud, constituent quelques pièces maîtresses du puzzle esthétique du Centre de la Côte d'Ivoire. Ces trois peuples, il est vrai, vivent dans une région relativement reculée, au bout de pistes difficiles, et leur art est, pour une large part, invisible au voyageur qui traverse le pays et qui n'a que peu de chance de voir des danses avec les masques (la plupart interdits aux femmes, africaines ou occidentales) --- alors que les statues sont Alain-Michel Boyer Collection Beaux-Arts Volume broché 18.3 x 21 cm 176 pages 150 illustrations et cartes géographiques > 25 Euros ttc NUART 38 7457 5 EAN / ISBN 978 2754105514 MEV 2 mars 2011 - RUN 509 > Les Wan, Mona et Koyaka de Côte d'Ivoire est le 2ème volume d'une collection consacrée aux peuples des civilisations n'usant pas de l'écriture. Mécénée par la Fondation Barbier-Mueller et Vacheron Constantin, cette collection entend consigner, pour en sauver la mémoire, mythes, panthéons divins, organisations politiques et sociales ou manifestations liées aux rites de ces peuples. Après avoir enseigné à Brandeis University, près de Boston, Alain-Michel Boyer est actuellement directeur de recherches et professeur d'art africain à l'Université de Nantes (France). Il a longtemps vécu au centre de la Côte d'Ivoire, chez les Baule, les Wan, les Mona, les Yohure, et retourne périodiquement dans ce pays. Mais il effectue aussi chaque année plusieurs séjours en Afrique, au Mali, au Zimbabwe, en Tanzanie, etc. Il est l'auteur d'une vingtaine de livres, dont, chez Hazan, Les Arts d'Afrique (2006, trois fois réédité), Le Corps africain (2007) et, en collaboration avec Michel Butor et Floriane Morin, L'Homme et ses masques (2005). Il prépare actuellement, pour la Fondation Culturelle- Musée Barbier-Mueller, un volume sur l'art des Yohure (ou Yaure) de Côte d'Ivoire. Dans la même collection dissimulées au fond des maisons. L'ignorance de l'Occident à l'égard de ces peuples provient donc du culte du secret qui leur a permis de résister, pendant des siècles, à beaucoup d'asservissements et de préserver leur indépendance artistique: un secret qui chez eux a un lien profond avec le sacré. Lévi-Strauss ne disait-il pas : « La vérité s'indique au soin qu'elle met à se dissimuler » ?

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