Alain Badiou

  • Né d'une rencontre avec une classe de lycéens belges, ce livre incarne l'accomplissement d'un défi : celui qui consiste, pour un philosophe célèbre pour l'ambition et la richesse de son travail, à en proposer une introduction qui n'en perde pourtant jamais la pointe. C'est ce défi qu'a relevé Alain Badiou dans ce petit livre, mêlant entretiens et textes inédits, qui parcourt avec autant d'allégresse que de pédagogie plus de soixante années de publications, et traverse la totalité des domaines dans lesquels sa pensée s'est illustrée : ontologie fondamentale, mathématiques, politique, poésie ou amour - non sans multiplier les digressions en direction des grandes figures de l'histoire de la philosophie.
    A l'heure où l'oeuvre d'Alain Badiou est enseignée et commentée dans les universités et les grandes écoles du monde entier, il était temps qu'on dispose d'une boussole fiable afin de s'orienter dans son fantastique foisonnement. On la tient entre les mains.

  • Aragon est un virtuose de la multiplicité poétique. Il l'est dans le ton, qui va du sarcasme et de l'incongruité au sublime approprié aux engagements essentiels. Il l'est dans la forme : qui a su maîtriser comme lui tous les registres de l'énonciation ? Depuis le pur classicisme rénové de la rythmique jusqu'aux lisières de la prose triviale, depuis la strophe resserrée jusqu'à l'épanchement narratif, depuis la solidité cohérente jusqu'aux coupes les plus acrobatiques. Tout comme, dans ses romans, on tombe soudain sur une cadence qui illumine la prose, dans les recueils poétiques, une sorte de narration prosodique sous-jacente amarre le chant au réel. Cette totalisation des écritures rend difficile de choisir une approche pour parler de cette sorte de caméléon génial que fut Aragon, à l'intérieur même de la consistance de ses engagements, et ce aussi bien dans son oeuvre que dans sa vie.
    J'ai choisi d'entrer dans l'énorme massif poétique d'Aragon à partir de ce que je crois être un élément décisif de sa subjectivité. A savoir que ce qui met en branle le poème est ce qui se manifeste comme cause du péril d'un engagement sans retour possible. Le détail des mots compte, ici. [...] Point sur lequel je veux conclure en saluant, chez cet écrivain total dont on a souvent, pour des raisons politiques, stigmatisé l'opportunisme et le goût du pouvoir, oui, en saluant la forme singulière de courage qu'il engagea dans ces intimes autocritiques, dans la fabulation de sa misère propre, et finalement, dans le résumé qu'il fait de tout un pan de son existence : Ce n'est pas intéressant, c'est le lot de tout le monde, mais justement. Mais : justement. A.B.

  • Articuler pour notre temps une philosophie qui, quant à la pensée de l'être, ouvre une autre voie que celle de Heidegger et, quant à la doctrine du sujet, se tienne au-delà de Lacan : tel est l'enjeu.

    De l'hypothèse que la pensée de l'être s'accomplit dans les mathématiques et de la portée ontologique de la théorie des ensembles de Cantor se déduit une appréhension de l'être comme multiple.

    Reste qu'existe un site de « ce qui n'est pas l'être » : c'est celui de l'événement, terme surnuméraire pour un franchissement indécidable au savoir et dont la vérité est toujours par avance indiscernable.

    Le sujet, dès lors, loin d'être le garant ou le support de la vérité, en est bien plutôt une instance locale, improbable, qui tire du devenir aléatoire d'une vérité dans l'événement son peu d'être. Il n'en tisse pas moins une fidélité qui s'inscrit dans l'art, la science, la politique et l'amour.

  • Trump

    Alain Badiou

    Les esprits éclairés aiment à se moquer de Donald Trump. Il serait le symbole d'une forme de stupidité politique qui n'attendrait que le réveil des gens de bonne volonté pour s'évanouir comme un mauvais rêve. Mais rien n'est plus faux. Plutôt qu'un symbole, Trump est un symptôme : celui de la disparition progressive de la politique dans un gigantesque processus d'unification, où les camps en apparence les plus hostiles se tiennent en réalité la main. Pour en finir avec Trump, c'est cette disparition qu'il convient de combattre, en restaurant les possibilités d'une opposition qui résiste au consensus fondamental de notre temps. Ce consensus porte un nom : capitalisme démocratique. Son opposition aussi : idée du communisme. Toute la difficulté tient donc dans la façon dont Trump et ses semblables rendent chaque jour plus impossible de la rendre effective - au moment même où nous en avons le plus besoin.

  • Tombeau d'Olivier

    Alain Badiou

    • Fayard
    • 22 Janvier 2020

    La vie de mon fils a été interrompue de façon imprévisible et violente. D'une façon en quelque sorte inacceptable. Mais je veux soutenir ici qu'en dépit de ces apparences, sa vie, singulière comme toute vie réellement subjectivée, a existé, pleinement, porteuse d'un sens dont la signification et l'usage avaient valeur universelle.

  • L'éthique est un texte dense, vif et facile d'accès, qui n'a rien perdu de son actualité. Ce petit livre polémique est par ailleurs un véritable manuel, au sens classique, où Alain Badiou expose son éthique des vérités, à savoir « les orientations majeures d'une éthique véritable, qui préserve, et même exige, les droits de la création, de l'invention dans la pensée, de la politique d'émancipation, de l'art d'avant-garde. » Alain Badiou dira plus tard de ce livre qu'il est « une introduction à la fois animée et consistante aux vastes entreprises par lesquelles je tente de déplacer les enjeux de la philosophie contemporaine. » Vingt cinq ans après sa première publication - et parmi la bibliographie si copieuse d'Alain Badiou - L'éthique reste l'introduction idéale à la philosophie d'Alain Badiou. Le plus traduit des livres de Badiou (désormais disponible dans une trentaine de langues), L'éthique est la meilleure vente des éditions NOUS.
    « Droits de l'homme », « bio-éthique », « respect de l'autre » : l'éthique est aujourd'hui à la mode. Mais ses valeurs (l'Homme, l'Autre, la Vie...) sont trop générales pour permettre une pensée des situations singulières. Contre cette vague « éthique des principes », surtout habile à dénoncer partout un Mal radical, une éthique des vérités concrètes - vérités de la politique, de la science, de l'art et de l'amour - nous permettrait d'identifier autrement le Mal, pour pouvoir alors y parer.

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  • «  Quel que soit l'intérêt qu'on porte à la conjoncture étroitement nationale du mouvement des gilets jaunes, tout comme à l'obstination méprisante du pouvoir en place, nous devons tenir ferme sur la conviction qu'aujourd'hui, tout ce qui importe vraiment est que notre patrie est le monde.
    Ce qui nous ramène aux dénommés "migrants . Il faut agir, bien évidemment, pour ne plus tolérer les noyades et les arrestations et la mise à l'écart pour des raisons de provenance ou de statut.  Mais au-delà, il faut savoir qu'il n'y a de politique contemporaine qu'avec ceux qui, venus chez nous, y représentent l'universel prolétariat nomade.
    En convoquant les textes philosophiques et politiques, mais aussi les poèmes, je voudrais examiner l'état actuel de cette cause et explorer la direction de ce que le poète nomme l'éthique du vivre monde et que je nomme, moi, le nouveau communisme.  »   A.B.
      Alain Badiou est philosophe, dramaturge et romancier.

  • Devant le risque de scission des forces armées, un lent mouvement d'inversion répressive, de retour à l'ordre commence en septembre 1967. Donc, une révolution culturelle d'un peu plus d'un an, du printemps 1966 à l'automne 1967.
    « Les inventions politiques, qui ont donné à la séquence son allure révolutionnaire incontestable, n'ont pu [dans une période si brève] se déployer que comme débordements au regard du but qui leur était assigné par ceux que les acteurs mêmes de la révolution (la jeunesse, les rebelles ouvriers) considéraient comme leurs dirigeants naturels : Mao et son groupe minoritaire. » Débordements, le mot est important, il récuse l'idée aujourd'hui dominante que la RC fut une lutte pour le pouvoir dans les sommets de la bureaucratie du Parti-État, que Mao mis en minorité eut recours à des forces étrangères au Parti (les gardes rouges...) dont il finit par reprendre le contrôle.
    En parallèle aux Thèses d'Avril de Lénine, Badiou analyse longuement la Décision en 16 points du parti communiste chinois (août 1966) qui est tout autre chose qu'un document administratif émanant du Parti-Etat : « Être l'élève des masses avant d'être leur professeur. Oser faire la révolution, ne pas craindre les désordres, s'opposer à ce qu'on joue les grands seigneurs, qu'on se tienne au-dessus des masses pour les commander à l'aveuglette » Comme la Révolution russe de 1917, la RC aura été, pour finir, un échec, « vaincue par la coalition disparate de la majorité craintive des cadres du parti, de l'armée comme toujours conservatrice, et de l'esprit petit-bourgeois d'un grand nombre de dirigeants étudiants engagés dans l'ultragauche. Mais sa formule demeure, et la méditation de ses enseignements doit structurer toute entreprise politique visant à sortir du marécage capitaliste contemporain. » Alain badiou En 1917 à Petrograd - capitale et centre révolutionnaire - le premier temps de la révolution, de février à l'automne, fut une tentative d'implantation en pleine guerre d'un régime « démocratique » à l'occidentale. Mais ce qui en sortit, sous l'impulsion du parti bolchevique et de Lénine, ce fut en octobre « la première victoire dans toute l'histoire de l'humanité, d'une révolution post-néolithique ».
    Badiou analyse dans un chapitre distinct les « Thèses d'avril » de Lénine, oeuvre politique majeure qui prépare et explique la révolution d'octobre : dix thèses sur la guerre, sur le pouvoir au prolétariat et à la paysannerie pauvre, sur la patience, sur le dépassement du capitalisme, sur l'organisation du parti... Un travail théorique qui accompagne et guide cette révolution « qui a montré pour la première fois dans l'Histoire qu'il était possible de réussir ».
    Pour la Révolution culturelle, Badiou montre que la chronologie est essentielle. Le récit aujourd'hui dominant est qu'elle a duré 10 ans, de 1966 à 1976 ou de l'apparition des gardes rouges à la mort de Mao. Pour Badiou, il faut voir les choses autrement :
    La direction du parti cherche d'abord à contenir l'agitation dans le cadre des universités - ce qui échoue en août 1966 quand les gardes rouges se répandent dans les villes. Puis dès la fin de 1966 et le début de 1967, les ouvriers deviennent la force révolutionnaire motrice - c'est le moment de la Commune de Shanghai, moment bref mais essentiel, où l'alliance ouvriers-étudiants parvient à chasser le vieux parti communiste local et à prendre le pouvoir dans la ville. Puis les administrations du parti et de l'État entrent elles aussi dans la tourmente (« les prises de pouvoir »).
    Enfin même l'armée, toujours gardée comme force de réserve, entre en ébullition pendant les violences à Wuhan en août 1967.

  • Comment la création artistique de Soulages enrichit-elle notre recherche d'un sens, au coeur du visible et du monde sensible ?
    Quel processus de découverte, de connaissance, engage la peinture ?
    L'entretien par Aliocha Wald Lasowski permet de traverser l'ensemble de l'oeuvre de Soulages en dialogue et en miroir avec l'histoire de la peinture, de Manet à Klein, en passant par Rothko, Pollock, de Staël...
    L'objectif ? Montrer la continuité d'une oeuvre élaborée à partir d'une rupture. Comprendre la vitalité, la productivité et l'obstination d'une dialectique entre le noir et la lumière, entre le temps et l'espace, entre la matière et le reflet, entre l'unité et la multiplicité. Ou comment, en huit décennies de travail acharné, un peintre réinvente l'art de créer.

  • « Toute philosophie, même et surtout si elle est étayée par des savoirs scientifiques complexes, des oeuvres d'art novatrices, des politiques révolutionnaires, des amours intenses, est une métaphysique du bonheur, ou bien elle ne vaut pas une heure de peine. Car pourquoi imposer à la pensée et à la vie les redoutables épreuves de la démonstration, de la logique générale des pensées, de l'intelligence des formalismes, de la lecture attentive des poèmes récents, de l'engagement risqué dans des manifestations de masse, des amours sans garantie, si ce n'est parce que tout cela est nécessaire pour qu'existe enfin la vraie vie, celle dont Rimbaud dit qu'elle est absente, et dont nous soutenons, nous philosophes, que rebutent toutes les formes du scepticisme, du cynisme, du relativisme et de la vaine ironie du non-dupe, qu'absente elle ne peut jamais l'être totalement, la vraie vie ? Ce livre donne ma propre version de cette certitude.
    Il s'agit dans cet opuscule de dégager la voie pour que le stratège en philosophie puisse dire à chacun : «Voilà de quoi te convaincre que penser contre les opinions et au service de quelques vérités, loin d'être l'exercice ingrat et vain que tu imagines, est le chemin le plus court pour la vraie vie, laquelle, quand elle existe, se signale par un incomparable bonheur.» »

  • « Il faut en finir avec les visions stéréotypées de Mai 68, qui vont à coup sûr nourrir les célébrations comme les vitupérations, les nostalgies comme les procès de ce mois symbolique à l'occasion de son cinquantenaire.
    Au fond, en Mai 68, ce qui nous animait, ce qui nous enthousiasmait, était la conviction qu'il fallait en finir avec les places sociales, que le renversement de l'impitoyable, de la sordide hiérarchie des fortunes, des libertés et des pouvoirs était politiquement possible, à travers un type inédit de prise de parole et la recherche tâtonnante de formes d'organisation adéquates à la nouveauté de l'événement.
    Si nous portons toutes les leçons de Mai 68 au coeur du monde vivant, nous pourrons, oui, mais seulement sous ces conditions, redire et suivre l'appel de Mao : «On a raison de se révolter.» »

  • Pourquoi saint Paul ? Pourquoi requérir cet « apôtre », d'autant plus suspect qu'il s'est, de toute évidence, auto-proclamé tel, et que son nom est couramment associé aux dimensions les plus institutionnelles et les moins ouvertes du christianisme ? Et quel usage prétendons-nous faire du dispositif de la foi chrétienne, dont il semble proprement impossible de dissocier la figure et les textes de Paul ? Pourquoi invoquer et analyser cete fable ?
    Ce qui va nous retenir, quant à nous, dans l'oeuvre de Paul est cette connexion paradoxale, dont il est l'inventeur, entre un sujet sans identité et une loi sans support, qui fonde la possibilité dans l'histoire d'une prédication universelle. Le geste inouï de Paul est de soustraire la vérité à l'emprise communautaire, qu'il s'agisse d'un peuple, d'une cité, d'un Empire, d'un territoire, ou d'une classe sociale.
    Repenser ce geste et sa force instituante, en déplier les chicanes, est à coup sûr une nécessité contemporaine.

  • La république de Platon

    Alain Badiou

    • Pluriel
    • 23 Avril 2014

    « Cela a duré six ans.  Pourquoi ce travail presque maniaque à partir de Platon ? C´est que c´est de  lui que nous avons prioritairement besoin aujourd´hui : il a donné l´envoi  à la conviction que nous gouverner dans le monde suppose qu´un accès à  l´absolu nous soit ouvert.  Je me suis donc tourné vers La République, oeuvre centrale du Maître  consacrée au problème de la justice, pour en faire briller la puissance  contemporaine. Je suis parti du texte grec sur lequel je travaillais déjà avec  ardeur il y a cinquante-quatre ans.  J´ai commencé par tenter de le comprendre, totalement, dans sa langue. Je  me suis acharné, je n´ai rien laissé passer ; c´était un face-à-face entre le  texte et moi. Ensuite, j´ai écrit ce que délivrait en moi de pensées et de  phrases la compréhension acquise du morceau de texte grec dont j´estimais  être venu à bout. Peu à peu, des procédures plus générales sont apparues :  complète liberté des références ; modernisation scientifique ; modernisation  des images ; survol de l´Histoire ; tenue constante d´un vrai dialogue,  fortement théâtralisé. Évidemment, ma propre pensée et plus généralement  le contexte philosophique contemporain se sont infiltrés dans le traitement  du texte de Platon, et sans doute d´autant plus quand je n´en étais  pas conscient.  Le résultat, bien qu´il ne soit jamais un oubli du texte original, pas même  de ses détails, n´est cependant presque jamais une "traduction" au sens  usuel. Platon est omniprésent, sans que peut-être une seule de ses phrases  soit exactement restituée. J´espère être ainsi parvenu à combiner  la proximité constante avec le texte original et un éloignement radical, mais  auquel le texte, tel qu´il peut fonctionner aujourd´hui, confère généreuse- ment sa légitimité.  C´est cela, après tout, l´éternité d´un texte. »                                                                                                    Alain Badiou

  • Le Séminaire proposant, grâce au guide qu'est Platon, une morale provisoire pour temps désorienté.
    « Ce séminaire est vraiment exceptionnel, aussi bien quantitativement que par sa structure et sa visée. On pourrait le considérer comme un commentaire de ma traduction de La République de Platon proposé en public. J'y tente aussi de donner à mon idée du communisme nouveau, tout comme à la conception que je me fais de la philosophie elle-même, des appuis extrêmement détaillés et, je le crois, souvent originaux. En ce sens, il est une sorte d'introduction simultanée à Platon et à mon oeuvre propre.
    Tout cela lui donne une étrange allure à la fois joyeuse et cependant chargée d'un contenu essentiel, presque unique dans mes écrits. Comme si ce dialogue, qui fait une voix de deux ou trois voix, parvenait à orchestrer mes thèmes essentiels au lieu de les laisser à leur austère nudité. » A. B.

    Depuis 1966, une part importante de l'enseignement du philosophe Alain Badiou a pris la forme d'un séminaire, lieu de libre parole et laboratoire de pensée. Les éditions Fayard publient l'ensemble de ces Séminaires de 1983 à aujourd'hui, période où la documentation est abondante et continue. Ce volume est le quatorzième de la série.

  • Le philosophe invite la jeunesse à s'interroger sur le sens à donner à sa vie et l'exhorte à utiliser sa liberté en prenant des risques pour changer le monde.

  • Une tétralogie mettant en scène le citoyen de Sarges-les-Corneilles Ahmed, digne héritier de Scapin, qui maîtrise le réel comme il maîtrise la langue, donc la pensée. Quatre cycles de farces pleines d'humour et de réflexions philosophiques sur la liberté, le pouvoir, le théâtre.

  • Je vous sais si nombreux...

    Alain Badiou

    • Fayard
    • 25 Octobre 2017

    "Espérons, agissons. N'importe qui, n'importe où, peut commencer à faire de la politique vraie, au sens que lui donne le présent texte. Et parler, à son tour, autour de lui, de ce qu'il a fait. C'est ainsi que tout commence", A. B.

  • Dans ce court essai, Alain Badiou revient sur les tueries perpétrées le 13 novembre à Paris et propose d'élucider ce qui est arrivé.
    Qui sont les agents de ce crime de masse ? Et comment qualifier leur action ?
    Où en est notre monde, du point de vue de ce qui a été ainsi mis en place insidieusement, puis avec acharnement depuis un peu plus de trente ans ?
    Ce dont nous souffrons, c'est de l'absence à échelle mondiale d'une politique disjointe du capitalisme hégémonique. Tant qu'une proposition stratégique autre ne sera pas faite, le monde restera dans une désorientation essentielle. C'est un travail pour tous que d'essayer de faire que l'histoire de l'humanité change de direction et s'arrache au malheur opaque où en ce moment elle s'enfonce.   

  • Que pense le poème?

    Alain Badiou

    • Nous
    • 18 Octobre 2016

    Agencement de textes théoriques sur la poésie et de lectures spécifiques de poètes (Pasolini, Hopkins, Stevens, Pessoa, Mallarmé...), ce livre est le premier qu'Alain Badiou consacre à la poésie.
    La poésie occupe une place centrale dans le parcours et dans l'oeuvre d'Alain Badiou. Avec la politique, les sciences et l'amour, l'art est désigné comme « procédure de vérité ». Or, parmi les arts, c'est la poésie qu'Alain Badiou a le plus souvent convoqué dans sa pensée. Car il s'agit bien ici de penser le poème, et de penser ce que le poème pense.
    Depuis toujours, le poème déconcerte la philosophie. Celle-ci est - depuis Platon, jusqu'à Heidegger et au-delà - en interlocution et en rivalité constante avec la poésie. Alain Badiou, notamment à travers sa proposition-diagnostic, d'« âge des poètes » reprend cette querelle qui semble être l'essence même de leur rapport. Il explore aussi dans ce livre un autre rapport, celui entre poésie et politique. Le poème est une pensée qui est son acte même - voici ce que nous invite à penser cet éloge de la poésie par Alain Badiou.
    « À l'opposé de Wittgenstein, le poème dit : 'Cette chose qui est impossible à dire dans la langue du partage et du consensus, je fais silence pour la dire, pour séparer du monde qu'elle soit dite, et toujours redite pour la première fois. ' »

  • "Le vif intérêt rétrospectif des séminaires de la fin des années 1980 et du tout début des années 1990, y compris pour moi-même, est d'y lire non seulement la présence de L'être et l'événement, mais la façon dont il affecte mon enseignement, comme si ce dernier était désormais consacré à la présentation, défense et illustration d'un livre, par une sorte de guérilla latérale. Ce qui traverse tout cela est la critique de la catégorie d'objet, portée au point où le but de l'analyse est de valider le concept d'un sujet sans objet.
    Tel doit être en effet, et c'est ce qui justifie le titre finalement donné à ce séminaire, le sujet dont toute vérité se soutient", A. B.

  • II y a vingt ans, mon premier Manifeste pour la philosophie s'élevait contre l'annonce, partout répandue, de la " fin " de la philosophie. A cette problématique de la fin, je proposais de substituer le mot d'ordre: " un pas de plus ". La situation a bien changé. Si la philosophie était à l'époque menacée dans son existence, on pourrait soutenir aujourd'hui qu'elle est tout aussi menacée, mais pour une raison inverse: elle est dotée d'une existence artificielle excessive. Singulièrement en France, la " philosophie " est partout. Elle sert de raison sociale à différents paladins médiatiques. Elle anime des cafés et des officines de remise en forme. Elle a ses magazines et ses gourous. Elle est universellement convoquée, des banques aux grandes commissions d'Etat, pour dire l'éthique, le droit et le devoir. Tout le point est que par " philosophie " on entend désormais ce qui en est le plus antique ennemi: la morale conservatrice. Mon second manifeste tente donc de démoraliser la philosophie, d'inverser le verdict qui la livre à la vacuité de " philosophies " aussi omniprésentes que serves. Il renoue avec ce qui, de quelques vérités éternelles, peut illuminer l'action. Illumination qui porte la philosophie bien au-delà de la figure de l'homme et de ses " droits ", bien au-delà de tout moralisme, là où, dans l'éclaircie de l'Idée, la vie devient tout autre chose que la survie.

  • Le socle philosophique de l'oeuvre multiforme d'Alain Badiou (théâtre, romans, essais esthétiques ou politiques, éloges, polémiques...) est déposé dans trois grands livres, qui constituent une sorte de saga métaphysique  : L'être et l'événement (1988), Logiques des mondes (2006) et enfin L'Immanence des vérités, auquel il travaille depuis une quinzaine d'années.
    Apres avoir étudié vérités et sujets du point de vue de la théorie de l'être, après avoir rendu raison de ce que cette universalité des vérités et de leurs sujets peut se plier aux règles de l'apparaître dans un monde particulier, ce troisième volume aborde une question redoutable  : d'où peut se soutenir que les vérités sont absolues, c'est-à-dire non seulement opposées à toute interprétation empiriste, mais encore garanties contre toute construction transcendantale  ? Qu'en est-il des vérités et des sujets, saisis, au-delà des formes structurales de leur être et des formes historico-existentielles de leur apparaître, dans l'irréversible absoluité de leur action et dans l'infini destin de leur oeuvre finie ? Et que faut-il entendre par l'absoluité du vrai, puisque les dieux sont morts  ?
      Il s'est agi, au fond, d'un bout à l'autre, de construire pour notre temps une pensée complète, tirée, comme le firent Platon, Descartes ou Hegel, de matériaux rationnels contemporains, mathématiques, poétiques, amoureux et politiques. Il s'est agi de la vraie vie  : nous sommes capables, dans la forme d'une oeuvre, individuelle ou collective, dans les quatre registres que fréquente l'animal humain survolté, de processus créateurs où se conjuguent dialectiquement la singularité, l'universalité et l'absoluité. Depuis sa naissance, la tâche de la philosophie ne tient qu'à ceci  : créer, dans les conditions de son temps, le savoir de la possibilité existentielle du vrai.
      Alain Badiou est philosophe, dramaturge et romancier.
     

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